dimanche 14 février 2021

 

■ ACTU - Inceste - L’urgence d’agir

Depuis le 23 janvier, deux acteurs de la Protection de l’enfance coprésident la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants. Objectif ? Guider les travaux pour le recueil de la parole des victimes et émettre des recommandations aux pouvoirs publics en matière de protection.

« Si depuis des semaines, la parole des adultes victimes d’inceste se libère et qu’ils témoignent pour éviter à des enfants de subir le même crime, les mineurs eux, ne se sont pas davantage exprimés et les appels au 119 n’ont pas augmenté. Nous allons réfléchir à une politique de soutien qui leur permette de parler à un adulte quel qu’il soit et favoriser le repérage des abus sexuels intrafamiliaux  », souligne Nathalie Mathieu, directrice générale de l’association Docteurs Bru qui accueille des jeunes filles victimes de violences intrafamiliales à Agen (Lot et Garonne). Emmanuel Macron l’a nommée à la tête de la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants avec Édouard Durand, vice-président chargé des fonctions de juge des enfants au Tribunal de Bobigny (Seine-Saint-Denis).

Levée d’un tabou

Le livre de Camille Kouchner La familia grande (Éd. du Seuil), véritable tsunami, a mis en lumière la réalité de l’inceste et donné naissance à des milliers de témoignages de victimes sur le réseau social Twitter via les mots-dièse #MeTooInceste et #MeTooGay. Ils dénoncent les failles du système judiciaire, comme le font depuis bien longtemps des associations comme Mémoire Traumatique et Victimologie, fondée par la psychiatre Muriel Salmona. Les chiffres liés à l’inceste font froid dans le dos. Selon l’enquête Violences et rapports de genre : contextes et conséquences des violences subies par les femmes et les hommes (Virage), publiée en 2017 par l’Institut national d’études démographiques (Ined), une femme sur cinq et un homme sur huit ont subi des violences physiques, psychologiques ou sexuelles dans l’enfance. L’enquête de l’IPSOS réalisée en 2020 à la demande de l’association Face à l’inceste, souligne que 6,5 millions de personnes ont subi l’inceste. « Des chiffres qui méritent des analyses plus poussées en croisant ceux recueillis par les différents ministères prenant en compte les informations préoccupantes des hôpitaux et de l’Éducation nationale notamment », poursuit Nathalie Mathieu. En 2018, 70 % des 7 260 plaintes déposées ont été classées sans suite. « Pour quelles raisons ? Notre commission examinera tout cela pour mieux comprendre le fonctionnement de la Justice  ».

Action concertée

La Commission, abritée dans les locaux du ministère des Solidarités et de la santé, composée de six permanents, comptera une équipe pluridisciplinaire et pluriprofessionnelle de vingt personnes : acteurs de la Protection de l’enfance, chercheurs (historiens, sociologues, anthropologues), praticiens (psychologues, psychiatres). Ils travailleront en groupes thématiques constitués de personnes- ressource (travailleurs sociaux, victimes, etc.) « Notre objectif n’est pas de produire un rapport dans deux ans, assure Nathalie Mathieu. Nous voulons apporter des éléments de réponse sur le terrain, mettre en place des actions concrètes. Nous bénéficions de moyens importants - 4 millions d’euros - et nous veillerons à garder une totale indépendance dans nos travaux. » Quid de la loi de 2018 qui prévoit une prescription de trente ans à la majorité de la victime d’inceste ? «  Elle fera bien entendu partie des réflexions. Auparavant, nous devons étudier son fonctionnement pour éventuellement proposer de la transformer ou de l’abroger. Nous ne nous interdirons rien. »
La Commission organisera un dispositif d’accompagnement de la prise de parole des victimes, permettant une orientation et un appui en lien avec les associations et structures concernées. Elle explorera plus en détail des sujets encore largement tabous comme la protection des enfants en situation de handicap. Elle mènera des travaux approfondis pour rendre le changement de société possible. Au programme notamment, la formation des professionnels travaillant auprès d’enfants ; l’appui et l’accompagnement de la prise de parole des victimes et des proches pour faciliter leur orientation vers des dispositifs d’aide.
Le 25 janvier, le Garde des Sceaux, Éric Dupond-Moretti et le secrétaire d’État auprès du ministre des Solidarités et de la Santé, chargé de l’enfance et des familles, Adrien Taquet, ont engagé une consultation pour approfondir les pistes qui permettront de renforcer la loi. Objectif ? Mieux punir les auteurs et rendre indéfendable l’idée qu’un enfant puisse consentir à une relation sexuelle avec un adulte. Les victimes pourront bénéficier d’un accompagnement psychologique intégralement pris en charge ; deux visites de dépistage et de prévention seront développées au primaire et au collège.

Des acteurs incontournables

Les syndicats représentant les assistants de service social (ASS) en faveur des élèves – surtout présents dans le secondaire du fait de manque de moyens -, acteurs incontournables dans la prévention de ces violences, le repérage, la protection et l’accompagnement des victimes, estiment insuffisante une sensibilisation des professionnels de l’Éducation nationale sans des moyens d’accompagnement massivement amplifiés. Ils réclament notamment un important plan de recrutement d’ASS pour garantir leur présence dans chaque établissement ; la création d’un service social en faveur des élèves dans le primaire et une campagne de communication forte pour mettre en lumière leurs missions.

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À retrouver dans Lien Social n°1142
Le dossier Inceste : quel accompagnement pour les mineurs ?

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À lire :
• Femme et mère après l’inceste
• Jour d’inceste
• Après l’inceste… Comment je me suis reconstruite

 

■ ACTU - Protection de l’enfance • Une loi annoncée

Lors du débat qui a suivi la diffusion du reportage sur les enfants placés dans Pièces à conviction le 27 janvier dernier, le secrétaire d’Etat en charge de l’enfance et des familles, Adrien Taquet, annonçait une future loi sur la protection de l’enfance. L’interdiction d’utiliser les hôtels pour y placer des enfants devrait en faire partie. Le cabinet d’Adrien Taquet nous apporte des explications supplémentaires : « Nous ne sommes pas complètement coupés des réalités et notre ambition n’est évidemment pas que tout ces jeunes hébergés aujourd’hui à l’hôtel se retrouvent demain à la rue ».

La loi prévoira donc deux exceptions : les mineurs non accompagnés en attente de l’évaluation de leur minorité et le « répit » pour des jeunes qui mettrait en difficulté l’équilibre d’un foyer. Le dernier rapport de l’inspection générale des affaires sociales (Igas) qui éclaire ces situations révèle que 95% de adolescents actuellement à l’hôtel sont des mineurs non accompagnés et les 5% restant des « cas complexes ».

L’Etat va-t-il compenser en créant de nouvelles places pour accueillir les 10000 mineurs, selon le même rapport Igas, actuellement à l’hôtel ? Le cabinet d’Adrien Taquet répond qu’un groupe d’appui aidera les départements à appliquer l’interdiction mais qu’il revient à ces derniers de créer des places. « Nous avons contractualisé avec les départements, 30 en 2020 et 40 nouveaux supplémentaires en 2021 et dans ce cadre de la contractualisation nous finançons avec les départements la création de places », explique l’entourage d’Adrien Taquet.

La future loi sur la protection de l’enfance imposera également des normes d’encadrement et des mesures contre les violences institutionnelles. « Nous voulons élargir le contrôle des antécédents de tous les adultes intervenant auprès de l’aide sociale à l’enfance », explique le cabinet qui prévoit en outre d’imposer aux établissements un « schéma de lutte contre la maltraitance ». Chaque structure devra indiquer un référent, extérieur à l’établissement, que les jeunes pourront interpeller en cas de problème. Le nouveau référentiel national « permettant de mieux évaluer la situation d’un enfant en danger » présenté par la Haute autorité de santé le 20 janvier dernier, sera un document d’appui pour « harmoniser les pratiques sur tout le territoire », indique le secrétariat d’Etat chargé de l’enfance et des familles.
Cette nouvelle loi devrait être présentée au Parlement avant la fin du premier semestre.

 

SOMMAIRE N° 3196

mardi 9 février 2021

 Sur fond de crise sanitaire pouvant apparaitre comme un nouveau défi à relever pour la protection de l’enfance, le CNFPT propose de repérer les avancées de cette stratégie nationale et également d’aborder la question de la contractualisation dans le département du Val d’Oise.

 

Le webinaire aura lieu le :

Vendredi 5 mars de 10 h à 12 h 


Il sera animé par 

Pierre Brice LEBRUN, enseignant en droit dans le secteur social et médicosocial

Flora AUTEFAGE, directrice adjointe de l’enfance, de la santé et de la famille du département du Val d’Oise

 

Pour assister au webinaire, connectez-vous directement au lien Abode ci-après : https://cnfpt-formation.adobeconnect.com/snppe/

dimanche 3 janvier 2021

 

  • res  
  • Jeunesse  
  • Albums 0-6 ans  
  • Comprendre 3-6 ans  
  • La vie quotidienne
  • Amandine (Broché)

    Amandine en famille d'accueil

     

    Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs) : Introduction à la Communication NonViolente

     

    ■ ACTU - Jeunes majeurs • Baisse des prises en charge

    Une étude détaillée sur l’accompagnement des jeunes de l’aide sociale à l’enfance entre 16 et 21 ans, commandée par la direction générale de la cohésion sociale au cabinet Asdo dans le cadre du plan pauvreté, confirme la baisse du taux de prise en charge après 18 ans et les grandes disparités entre départements.

    Si les accueils provisoires jeunes majeurs (APJM), c’est-à-dire le placement, constituent encore le socle de l’accompagnement, le taux de prise en charge baisse. En 2018, seuls 36% des jeunes majeurs de 18 à 21 ans relevant de l’aide sociale à l’enfance obtiennent une prise en charge contre 56% cinq ans plus tôt. Cette moyenne cache de grandes différences entre territoires : certains départements offrent moins de 20% de prise en charge quand d’autres, minoritaires, en proposent plus de 60%. Des inégalités essentiellement liées aux « choix politiques des départements », observe l’étude, même si l’augmentation du nombre de jeunes éligibles à des contrats est une réalité, notamment des mineurs non accompagnés qui, dans 17 départements, représentent plus de la moitié des APJM. Le volume des APJM a donc bien augmenté dans 30% des départements mais moins que les demandes.

    Une aide « qui se mérite »

    L’étude observe des politiques plus ou moins restrictives d’accès aux contrats jeunes majeurs (CJM). De nombreuses collectivités imposent de justifier d’un projet étayé et d’une forte motivation. Le CJM n’est plus un droit mais une aide « qui se mérite » avec des contrats souvent très courts. Autre constat : la préparation à l’autonomie des jeunes entre 16 et 18 ans reste encore très inégalement organisée selon les départements. Et le revers de cette « préparation à l’autonomie », qui vise à accélérer l’indépendance financière, est qu’elle a souvent pour objectif de « limiter l’accès aux APJM », souligne l’étude.

    La volonté d’orienter ces jeunes vers des dispositifs de droit commun est fréquemment mise en avant « pour justifier la baisse de prise en charge des jeunes majeurs ». Mais sur le terrain, « seul un département sur dix a signé, comme le prévoit la loi de 2016, un protocole de coordination avec ses partenaires » en matière de logement, d’insertion professionnelle, de santé, etc. La prise de relais par le droit commun reste donc loin d’être effective et révèle le besoin d’un étayage spécifique pour ces jeunes.

     

    ■ ACTU - Justice des mineurs • Nouveau code

    Le code de justice pénale des mineurs passe aujourd’hui et demain devant l’assemblée nationale. Ce nouveau code remplaçant l’ordonnance de 45 passe en procédure accélérée, par ordonnance, et devrait entrer en vigueur au 31 mars 2021.

    Cette réforme provoque beaucoup de remous. Le texte rapproche, selon de nombreux professionnels, la justice des mineurs de celle des adultes. Dans une tribune publiée dans Le Monde du 2 décembre, 120 associations et personnalités s’alarment : « Ce projet a comme objectif affiché de juger toujours plus vite, au détriment du travail éducatif pourtant essentiel pour un enfant en délicatesse avec la loi ».

    Les professionnels s’inquiètent notamment de la nouvelle procédure dite de césure. Elle acte une première audience de culpabilité qui doit intervenir rapidement (10 jours à 3 mois) après le passage à l’acte suivi - si le mineur a été jugé coupable - d’une période de mise à l’épreuve de 6 à 9 mois où un travail éducatif doit être mené, pour finir par une seconde audience de sanction qui prononcera la peine. Cette nouvelle procédure, assure le rapporteur du texte, Jean Terlier, « est plus simple, plus rapide, plus lisible ». La période de mise à l’épreuve, poursuit le ministre de la Justice, Eric Dupond-Moretti, « redonne du sens au travail des éducateurs PJJ ».

    « Au contraire, affirment de nombreuses organisations comme l’observatoire international des prisons, le syndicat de la magistrature ou encore les syndicats des professionnels PJJ dans un communiqué commun, à l’exception de très maigres avancées, ce texte vient ancrer les politiques répressives à l’œuvre depuis plus de 20 ans sans qu’aucun bilan significatif n’en ait été préalablement tiré ». Et s’interroge : la délinquance juvénile n’a pas augmenté depuis 15 ans pourtant jamais la France n’a enfermé autant d’enfants.

    Les délais dans lesquels s’inscrit la nouvelle procédure de césure sont, selon eux, irréalistes et remettent en question « le temps éducatif nécessaire à l’évolution du jeune », juge le syndicat national des personnels de l’éducation et du social-PJJ. « Le délai entre les deux jugements ne pourra pas excéder 9 mois. Il est évident que sans moyens supplémentaires, ces délais ne seront pas tenables ». Et face à certains adolescents « pas suffisants pour investir la relation éducative qui leur permettra de progresser ».

    A son tour, la commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) s’alarme d’une réforme « à marche forcée, sans réelle consultation préalable des principaux acteurs et qui va à l’encontre de l’obligation même de protection de l’Etat envers les mineurs ». L’Unicef engage la France à remettre l’éducatif au centre de la justice pénale des mineurs et rappelle que tout enfant en conflit avec la loi est un enfant en danger. Dans ce cadre, « la justice pénale des mineurs ne devrait être considérée que dans la continuité de la protection de l’enfance ».

    lundi 19 octobre 2020

     

    Protection de l'enfance : quelles mesures pour les enfants placés ?

    Un an après son lancement, quel bilan pour la Stratégie Nationale de Prévention et de Protection de l'Enfance ? Le Secrétaire d'État en charge de l'Enfance et des Familles Adrien Taquet dresse un point d'étape et annonce une nouvelle série de mesures.

    Protection de l'enfance : quelles mesures pour les enfants placés ?
    ©  RETMEN-SIPA

    [Mise à jour du 14 octobre à 13h07]. "Dans certains territoires, 40% des enfants placés ont un parent qui a lui-même été placé dans sa propre enfance, tandis que 25% des sans domiciles fixes et 20% des adultes en détention sont d'anciens enfants placés. (...) "Je veux que nous prenions des décisions qui permettront aux enfants protégés de se considérer et d'être considérés comme des enfants comme les autres" expliquait Adrien Taquet en octobre 2019 lors de la présentation de sa stratégie de prévention et de protection de l'enfance. Mis en œuvre dès janvier 2020 avec un budget de 80 millions d'euros, ce plan destiné à réformer l'aide sociale à l'enfance a déjà porté ses fruits et plusieurs mesures phares sont déjà en place. 

    La création d'une nouvelle agence 

    Dans le cadre de la réforme de la gouvernance qui a pour objectif de rassembler des organismes existants et d'agir en tant que socle commun de droits pour tous les enfants, le secrétariat d'État souhaite la création d'une nouvelle agence. Celle-ci rassemblera  le Groupement d'intérêt général enfance en danger (Giped), l'agence française de l'adoption (AFA), le Conseil national de la protection de l'enfance (CNPE) et le Conseil national pour l'accès aux origines personnelles (CNAOP). Cette nouvelle entité sera à la fois chargée  "de la gestion des différents dispositifs de prévention et de protection de l'enfance, de missions de conseil, d'avis et de concertation mais aussi missions d'études et de statistiques", indique le communiqué publié ce 14 octobre 2020. 

    L'adoption simple pour les familles d'accueil ? 

    Cette mesure permettrait aux enfants de ne plus être "ballotés" de famille d'accueil en foyers, où ils sont parfois victimes de maltraitance. Car actuellement, les familles accueillent les enfants provisoirement, et lorsque ces derniers ne peuvent retourner dans leur propre famille, l'adoption est interdite par l'ASE, alors que 14000 familles ont un agrément en vue d'une adoption. "Je souhaite que nous renforcions l'accompagnement des projets d'adoption et que nous puissions accélérer les projets de délaissement et favoriser l'adoption simple" a-t-il ajouté. L'objectif n'est pas encore atteint mais la députée LREM de l'Isère, Monique Limon, a déposé en juin 2020 une proposition de loi en ce sens visant à réformer l'adoption. "Ce texte doit permettre de renforcer et de sécuriser le recours à l'adoption comme outil de protection de l'enfance, lorsque celui-ci correspond à l'intérêt de l'enfant concerné.", indique le communiqué. Cette proposition de loi sera examinée au Parlement en décembre 2020.

    La refonte du statut des assistants familiaux 

    La refonte du statut des assistants familiaux est l'un des enjeux majeurs de la stratégie mise en place par le Secrétariat d'État en charge de l'Enfance et des Familles. Ils accueillent aujourd'hui la moitié des enfants placés et le projet vise à revaloriser leur rôle et leur place ainsi qu'à soutenir leurs conditions de travail et d'exercice. Il s'agira non seulement d'améliorer leur rémunération mais aussi de leur offrir un soutien et des garanties d'exercice. Plusieurs réunions de travail ont eu lieu au cours de  l'année et les premières conclusions doivent être présentées en janvier 2021.

    Protection de l'enfance : comment prévenir les risques ?

    D'ici 2022, le Secrétaire d'Etat souhaite que 100% des bilans de santé soient réalisés à l'école maternelle (contre 70% actuellement), avec un renforcement des moyens des cellules d'informations préoccupantes. En ce qui concerne les futures et jeunes mamans, le gouvernement prévoit d'atteindre un taux de couverture de 20% des besoins en termes d'entretien prénatal précoce, mais aussi de doubler le nombre de visites à domicile prénatales par les sages-femmes de PMI, et le nombre de visites à domicile infantiles par des infirmières puéricultrices juste après l'accouchement. Enfin, pour soutenir les parents en difficultés, 20 nouveaux relais parentaux (500 nouvelles places) pourraient être créés.

    Contractualiser le travail entre l'État et les départements 

    "Les actions prévues reposent en grande partie sur la mise en place d'une démarche de contractualisation pluriannuelle entre l'État et les départements, fondée sur des exigences communes, un engagement financier réciproque et des indicateurs précis d'évaluation des actions conduites.", indique le gouvernement. Cette démarche a été initiée dans 30 départements volontaires en 2020. Une réussite qui a incité le secrétaire d'État à accélérer la généralisation de la contractualisation sur tout le territoire, en élargissant à 40 départements supplémentaires en 2021, soit dix de plus que  prévus.

    Faire des enfants placés des enfants comme les autres

    De nouvelles mesures ont été présentées pour mieux prendre en charge les enfants placés dans des familles d'accueil. La première : celle de prendre en compte la voix de l'enfant. De nouveaux indicateurs devraient enfin permettre d'être à l'écoute de la parole des enfants dans l'évaluation de la qualité des procédures et des prises en charge liées à la protection de l'enfance. Aussi, pour lutter contre les ruptures de parcours, Adrien Taquet préconise de mettre en place un bilan de santé obligatoire pris en charge par l'Assurance maladie pour chaque enfant qui entre dans le dispositif de protection de l'enfance, et garantir ensuite la continuité du parcours et de l'accès aux soins des mineurs non accompagnés jusqu'à leur majorité. Autres mesures phares : contrôler les lieux d'accueil en établissant des critères de qualité sur la prise en charge des enfants, créer (d'ici 2022) 600 nouvelles places d'accueil pour répondre aux besoins spécifiques des enfants placés et permettre notamment aux fratries de grandir ensemble. En outre, le retour à domicile devrait être mieux accompagné et le quotidien des enfants placés facilité avec une simplification des notions d'actes usuels et non usuels.

    Des albums photos pour créer des souvenirs d'enfance

    Parce que trop de jeunes n'ont aucun souvenir de leur enfance faute de traces, Adrien Taquet souhaite créer un album réunissant les photos de chaque enfant placé. "La création d'un album de vie leur permettra d'en conserver pour le reste de leur vie et contribuera à ce que les enfants protégés se considèrent tels qu'ils sont : des enfants comme les autres" avait-il précisé.

    Accompagner les enfants placés en situation de handicap

    25% des enfants placés sont en situation de handicap. "Certaines études ont montré que près de 32% des enfants confiés à l'aide sociale à l'enfance ont un suivi psychiatrique contre 2,6% en population générale", expliquait Adrien Taquet. Ce sont ces situations que l'on qualifie souvent d'"incasables", car les suivis nécessitent des interventions croisées de l'aide sociale à l'enfance, du sanitaire, du médico-social et parfois de la protection judiciaire de la jeunesse. Il faut que nous engagions la création de dispositifs et de services qui répondront aux besoins de ces enfants : des équipes mobiles, des places d'accompagnement et d'hébergement mixtes, des
    SESSAD ou des accueils de jour seront ainsi mis en place" préconise le Secrétaire d'Etat.

    Un soutien scolaire pour les enfants protégés

    Soutien scolaire, accès à la culture, aux sports et aux loisirs... Qu'il s'agisse de la santé, ou du droit à l'éducation et à la scolarité, Adrien Taquet tient à ce que chacun possède les mêmes chances de réussite que les autres enfants. En effet, "à l'âge de 15 ans, les enfants de l'ASE sont trois fois plus déscolarisés que les autres enfants, et à 16 ans, 16 % des enfants confiés ne sont plus scolarisés, contre 6 % en population générale", précise-t-il. Une attention particulière sera donc portée pour que le programme "devoirs faits" bénéficie aux enfants protégés comme aux autres dès 2020. Le dispositif de soutien scolaire numérique fonctionne déjà pour les enfants hospitalisés et permettra de soutenir les enfants de l'aide sociale à l'enfance face au décrochage scolaire et aux difficultés à l'école. En outre, les enfants de l'ASE pourront avoir recours aux internats scolaires l'an prochain et des places dans les internats des lycées d'excellence seront notamment réservées aux jeunes.

    Co-saisine de deux juges en cas de décisions complexes

    Le gouvernement souhaite également faire appel à deux juges lorsqu'une décision difficile ou déterminante pour la vie de l'enfant devra être prise, afin de garantir sa collégialité, sa pertinence et sa conformité avec les besoins de l'enfant. "La Garde des sceaux
    prévoit une mesure forte pour renforcer les garanties procédurales devant le juge des enfants : l'introduction de la collégialité pour les décisions complexes
    ", précise Adrien Taquet.

    Une aide pour les jeunes de 18 ans. Rappelons qu'actuellement, les jeunes de l'ASE doivent voler de leurs propres ailes à 18 ans, alors qu'il ne peuvent être autonomes à cet âge. En moyenne, l'âge auquel les adolescents quittent leur foyer familial est 23,6 ans, et leur premier emploi stable se situe entre 27 et 28 ans, rappelait le CESE dans ses recommandations sur l'accompagnement des jeunes majeurs. Pour éviter ce que l'on appelle "une sortie sèche", le gouvernement souhaite accompagner les jeunes dans leur recherche d'emploi, d'insertion, de logement et "créer un fond de solvabilisation national des jeunes sortants pour l'accès à un logement, de type fonds de solidarité logement". Enfin, les jeunes pourront bénéficier de bourses universitaires, d'accès facilité au logement étudiant pour assurer une meilleure égalité des chances.

    jeudi 8 octobre 2020

     6 OCTOBRE 2020 

    ★ INITIATIVE - Il faut en parler…

    Charlotte Pudlowski a enquêté sur l’inceste, une violence répandue, alors que le silence règne. Elle a créé un podcast Injustices qui décortique les injustices structurelles qu’elle présente. La saison 2, intitulée « Ou peut-être une nuit » est consacrée au silence le plus épais qui fait encore taire les victimes de violences sexuelles.

    A retrouver sur : https://louiemedia.com/injustices-2/ou-peut-etre-une-nuit

    lundi 7 septembre 2020

     

  • Bébés / Enfants
  •  

  • Psycho-pédagogie
  •  

  • La Communication Non Violente : pour une écoute bien-traitante des émotions du jeune enfant
  • La Communication Non Violente : pour une écoute bien-traitante des émotions du jeune enfant

    La Communication Non Violente (CNV) est désormais connue et reconnue en France. Notamment dans le secteur de la petite enfance où elle a ses adeptes. Arnaud Deroo en est un... La CNV permet le langage des émotions. C’est pourquoi elle est particulièrement bien adaptée à la qualité d’accueil du jeune enfant, que le formateur-thérapeute prône et défend avec acharnement.
    Au commencement, les émotions
    Françoise Dolto disait : « le jeune enfant est un être social, un être de langage ». Il est aussi et avant tout un être d'émotions, un être de besoins. Emotions et besoins qui ont justement besoin d’être entendus, reconnus, nommés, respectés et mis en mots pour l'aider à se construire au monde. Si un jeune enfant n'est pas entendu dans son vécu émotionnel, voire même puni, mis en retrait, il sera fragilisé dans son estime de soi, sa sécurité intérieure si indispensable pour son devenir adulte. L'émotion est ce qui se meut en soi, en l'enfant, ce qui met en mouvement, en vie. L'émotion est physiologique : le jeune enfant va la sentir, la ressentir dans tout son corps et va ensuite l'exprimer avec tout son corps. Une émotion vécue par l'enfant est parfois bruyante (souvent diront certains) dérangeante, déstabilisante...

        Sophie, 3 ans, dès le réveil crie à son père quand il rentre dans sa chambre : « non pas toi, je veux maman ».
        ou encore
        Julie, 2 ans, à la sortie de la crèche, jette son croissant et crie avec rage : « non je veux un petit pain ».
        ou aussi
        Jules lève sa main sur sa mère qui allaite le bébé.


    Ces quelques exemples (je pourrais en donner d'autres) font partie de votre quotidien, se répètent plusieurs fois par jour et sont multipliés par le nombre d’enfants accueillis ! Les enfants ne sont pas plus difficiles qu'avant, les enfants ne sont pas sages ou sages, ils sont.
    Le jeune enfant vient au monde démuni, son identité va se construire par le jeu inter-relationnel entre lui et sa sensibilité propre, sa famille, son environnement social et culturel. La personnalité de l'enfant va s'épanouir selon la nature et la qualité des échanges qu'il va vivre avec les adultes. Plus l'enfant a face à lui des adultes en conscience, en contact avec ses émotions et besoins, plus l'enfant aura des chances de grandir en autonomie. Le jeune enfant doit se sentir aimé, respecté, c'est un besoin fondamental, non un plus. Cet amour ressenti donne la base de sécurité indispensable pour aller à la rencontre avec soi et les autres. 
    C'est une relation de « cœur à coeur », d'être sensible à être sensible dont l'enfant a besoin. L'émotion est un langage : ses cris, ses pleurs, ses plaintes, ses agitations vous disent quelque chose, à vous d'être son décodeur. Ce n'est pas simple pour lui non plus, et votre présence calme et attentive va l'aider à passer le cap émotionnel. Servir de décodeur, aider l'enfant dans ce vécu émotionnel est un beau présent, dans le présent, à lui faire. Voyez combien, nous adultes, nous sommes parfois emmêlés, parasités dans et par nos émotions : boules au ventre, à la gorge, larmes aux yeux…

    Une écoute bienveillante pour une communication bien-traitante
    Nous sommes bien souvent prisonniers de nos émotions puisque nous avons nous-mêmes reçu une écoute non bien-traitante.

    « Tu ne vas pas pleurer pour ça »
    « T'es grand maintenant »
    « Va dans ta chambre »
    « Tu l'as vu celle-là, tu vas savoir pourquoi... »

    En CNV, cela donnerait plutôt :
    « oh la, tu as beaucoup de chagrin »
    « Tu grandis, c'est chouette »
    « Je pense que nous avons besoin de nous mettre en retrait »


    Offrir à l'enfant des adultes qui accueillent avec bien-traitance les émotions va lui permettre de développer son autonomie, sa confiance en soi, son esprit critique, son capital bonheur... L'émotion n'aime pas être interrompue, elle a un cycle de vie qui lui est propre, elle surgit et disparaît sur un mode tout a fait imprévisible et irrationnel. Une émotion a besoin de s'exprimer là maintenant, elle a besoin d'être entendue, acceptée, reconnue. Le jeune enfant face à ces états émotionnels est démuni, c'est pour cela que la réaction va être souvent motrice et vive, cela est dû à son immaturité neurologique et non contre vous (si bien expliqué par Catherine Gueguen dans son ouvrage). Même dans ses états de colère l’enfant enfant a besoin de vous. Si les adultes n'aident pas suffisamment un enfant à gérer ses émotions, l'enfant risque de ne pas développer des compétences futures pour gérer correctement son stress. Plus tard, l'enfant pourra également avoir des difficultés à développer son empathie pour lui-même et pour les autres. La Communication Non-Violente ou bien-traitante peut alors apporter aux adultes des jalons pour développer cette écoute, cette relation.

    Je pense que le sens de la vie est « d'aimer l'autre » l'aider à grandir, à s'épanouir. Cette idée est donc encore plus vraie pour les adultes qui accompagnent les enfants. Accompagner l'enfant, l'aider à grandir, ne devrait être que du bonheur, celui de de voir s'épanouir à la vie l'enfant.
    La Communication Non-Violente peut permettre aux adultes de developper un regard bien-traitant vers l'enfant et offrir une fluidité dans la relation. Le jeune enfant a besoin d'être regardé, et de nos jours, il est de moins en moins regardé vraiment et pour ce qu'il est. Trop souvent, il est regardé avec des filtres tels que : « bien se comporter, être sage, ... »

    La CNV : fondée sur l’empatahie et au service de la vie
    La Communication Non-Violente permet de développer une éducation au service de la vie et de la joie. Elle permet de voir l'enfant dans le moment présent, c'est une clé pour une éducation citoyenne.
    Marshall  Rosenberg qui a construit ce modèle de communication (mais qui est beaucoup plus qu'un outil, c'est une éthique relationnelle) invite les adultes à s'exprimer dans un langage relié à la vie. La CNV invite les adultes à s'exprimer en termes de sentiments et besoins au lieu de formuler des jugements, des interprétations, opinions et ensuite à chercher ce que l'enfant demande, dit par son comportement.

    « T'es vraiment infernal »
    « Tu es agaçant »
    « T'arrêtes pas une minute, c'est pas possible »
    « Regarde ton copain, lui au moins... »

    en CNV cela donnerait plutôt :
    « Tu as besoin de courir, viens ... »
     « J'ai besoin de calme pour jouer à ce jeu »


    La Communication Non-Violente invite les adultes à regarder les comportements des enfants avec une lecture de leurs émotions et besoins : « que me dit-il ? » et à en trouver la cause pour établir la communication. Elle part du postulat que tous les humains grands ou petits partagent les mêmes besoins et que derrière tout comportement, émotion, se trouve un besoin satisfait ou non et que le langage influence notre façon d'être relié à l'autre : il y a des mots qui aident à grandir et d'autres pas.
    La Communication Non-Violente invite les adultes à développer leur empathie vis-à-vis de l'enfant. Cette empathie est indispensable car l'enfant n'a pas les mots, l'adulte va devoir être chercheur, traducteur, décodeur, repérer ce qui peut se passer pour l'enfant pour l'accompagner.
    La CNV ne doit  pas être vécue comme un outil, car vous pouvez avoir les meilleurs outils possibles et ne pas savoir vous en servir. L’intégrer ne suffit pas, il est bon avant tout de l'enclencher tout d'abord pour soi, pour ensuite l'offrir aux enfants. Notre éducation a fortement développé notre pensée et nous éloigne de notre ressenti.

    La CNV : d’abord un travail sur soi
    Pour offrir une relation non-violente vers l'enfant, soyons d'abord en tant qu'adulte à notre propre écoute intérieure sans violence, sans culpabilité, sans jugement.
    S'approprier la CNV c'est se réaproprier la responsabilité de son émotion et de son besoin ce n'est pas l'autre, ce n'est pas l'enfant qui est responsable de mon état intérieur et vice-versa.
    « Je suis dans cet état émotionnel car j'ai un besoin non satisfait (ou satisfait) et j'ai donc la responsabilité de prendre soin de moi, ce n'est pas à l'enfant de prendre soin de mon besoin. »
    « Arrêtez tout ce bruit, on s'entend plus » est une formulation violente.
    En CNV, l'adulte cherche une solution pour satisfaire leur besoin de bouger ou comment satisfaire son besoin de calme en proposant une activité aux enfants. Intégrer, vivre la CNV au quotidien, demande selon moi que vous nettoyiez avant tout votre propre histoire éducative, vos croyances, principes, attentes, illusions. Etre professionnel de la petite enfance n'est pas sans risque car dans la relation aux enfants vous pouvez être rattrapés par votre histoire et le risque alors est que votre communication soit non bien-traitante.
    N’oubliez pas : en apprenant à identifier vos sentiments et besoins, en apprenant à porter sur vous-même un regard non jugeant, et empreint de bienveillance et de respect, vous apprenez progressivement à être à l'écoute des sentiments et besoins de l'enfant et à porter sur lui ce même regard de respect, non jugeant.
    Ce regard, cette communication humaniste, va offrir à l'enfant une capacité au bonheur puisqu'il aura appris à sentir, à prendre soin de lui et de ses besoins.
    Rappelez-vous que la relation à l'enfant relève de l'extraordinaire. Il faut en prendre soin.