jeudi 29 mars 2018

colloque

11EME ASSISES NATIONALES DE LA PROTECTION DE L’ENFANCE


du jeudi 28 au vendredi 29 juin 2018
28 juin 12h-19h/29 juin 08h30-17h30

Chaque année les Assises Nationales de la Protection de l’Enfance réunissent les acteurs professionnels de ce secteur dans leur diversité (magistrats, travailleurs sociaux, éducateurs, …) pour échanger en présence des personnalités les plus qualifiées et experts de terrain sur les grands enjeux en matière de protection de l’enfance.
Des travaux en séances plénières et en ateliers thématiques sont proposés.
Cette 11e édition est organisée en partenariat avec le Département de Loire-Atlantique ainsi que les principales institutions nationales concernées membres du comité de pilotage des Assises.
Salon professionnel / entrée payante : 350 euros

  • Contact : Marie-José LOPEZ / Maria LILLO
  • E-mail : assises@lejas.com
  • Site : http://www.lebpe.fr
  • Réservation : 0153102410

jeudi 15 mars 2018

ENQUETE FNAF, MANQUE ASSISTANTS FAMILIAUX

La profession « Assistant Familial » s’essouffle. La FNAF est régulièrement interpellée par des employeurs qui ont de la peine à recruter des assistants familiaux. Les effectifs ne cessent de baisser quel que soit l’employeur ou la région concernée. La FNAF a réagi à ce constat en réalisant une enquête auprès de ses adhérents. Nous remercions les 10,65% d’adhérents ayant répondu et qui contribuent de fait à l’évolution de notre métier et des pratiques en placement familial.

Une première analyse des réponses, démontre que :

✓ Peu d’employeurs mettent en place une procédure pour le respect de la présomption d’innocence.
La parole de l’enfant prime sur celle du professionnel. Dans le doute, malgré un dossier administratif où aucun élément à charge n’apparaît, le Président du Conseil Départemental préfèrera effectuer le retrait de l’agrément d’un assistant familial par mesure de précaution. 
Certaines « affaires » seraient-elles encore dans l’esprit des Présidents ?

✓ Peu d’assistants familiaux ayant répondu se sentent reconnus par leurs employeurs
Ces travailleurs sociaux se sentent jugés dans l’exercice de leur profession. Les accueils dits « complexes » impactent la vie quotidienne de la famille d’accueil. L’assistant familial s’épuise, il doit argumenter avec force pour percevoir une majoration de salaire appelée « sujétion exceptionnelle ».  L’assistant familial se doit d’être compétent dans tous les types d’accueil et ce, sans formation préalable ! Paradoxe : quel est le travailleur social, recruté par un service de protection de l’enfance, qui effectue sa mission d’éducateur spécialisé, de psychologue, d’assistant social, etc sans avoir, au préalable, été formé ???

✓ Les entretiens professionnels permettent peu aux assistants familiaux d’évoquer leurs ressentis professionnels
Malgré des améliorations, l’assistant familial ose peu évoquer les difficultés rencontrées au sein de l’équipe alors que sa place est régulièrement ignorée et pour exemples : calendriers des visites élaborés sans consultation, les décisions prises pour le projet de l’enfant sans concertation ni discussion préalable,..

. ✓ Protection et sécurité de l’assistant familial et de sa famille : peu ou pas de communication par les services
La plupart des assistants familiaux ignorent l’existence du registre de santé et sécurité au travail et si un(e) assistant(e) de prévention a été mis en place. Peu d’employeurs ont réalisé une fiche risque pour le métier d’assistant familial.


La FNAF s’inquiète du devenir de la profession et pour l’avenir des enfants dont de plus en plus sont placés au domicile des parents et craint, à court terme, le manque de solutions pour confier les enfants dont les services ont la garde.

Monsieur Emmanuel MACRON, président de la république, vient de recevoir une lettre de la FNAF qui alerte sur la précarité de la profession, le manque de structures de soin pour les enfants qui en ont besoin, la recrudescence des agressions au sein des familles d’accueil, les burn out, le vieillissement de la profession avec peu de relève, etc.

STATUT
Notre statut particulier doit changer car : • L’assistant familial, contractuel, ne peut bénéficier de la prime d’intéressement à la performance (Circulaire n°INTB1234383C) car les statuts particuliers en sont exclus • Certaines banques refusent le prêt pour l’assistant familial pour le motif qu’il relève d’une profession précaire malgré le contrat de travail en CDI.  

BIBLIOGRAPHIE

L'ENFANT EN SITUATION DE HANDICAP

Les acteurs du placement familial témoignent
Claire Weil
Réseau Tessitures
SANTÉ, MÉDECINE HANDICAP SOCIOLOGIE FAMILLE TRAVAIL SOCIAL France



Accueillir un jeune en situation de handicap invite chacun à témoigner : parents, assistantes familiales, jeunes, membres des équipes techniques, formateurs... Ils parlent avec simplicité et authenticité des difficultés et des petits bonheurs qu'apportent ces rencontres au long cours. Entre humour, analyse et réflexion, chacun nous livre sa vision de l'accompagnement, évoque ses difficultés et les trouvailles pour les contourner. Ces témoignages émouvants et originaux viennent poser un regard critique et constructif sur les apports de cette communauté de travail.



Claire Weil fut psychologue clinicienne durant 30 ans dans divers PFS, formatrice à Espace-Enfance, puis responsable pédagogique pendant 10 ans de la formation des assistants familiaux à l'ETSUP. Elle a écrit différents articles et ouvrages sur le placement familial (weil.claire@orange.fr).





LES GRANDES PERSONNES SONT VRAIMENT STUPIDES

Comment soigner les blessures psychiques d’un enfant maltraité ? Comment redonner de la sécurité à un enfant délaissé ? Comment aider un enfant et ses parents à créer un lien affectif ? Comment un enfant adopté peut-il conjuguer ses vies successives ? Confronté à des parents incapables d’affection, dépressifs, absents ou exclus, l’enfant peut en arriver à se replier sur lui-même, à manifester une peur panique de l’abandon, à être violent ou à ne plus pouvoir s’exprimer ni par les mots, ni par les gestes.

Pédopsychiatre depuis 25 ans, le Dr Daniel Rousseau intervient au foyer de l’enfance du Maine-et-Loire depuis 20 ans

mardi 13 mars 2018

lien entre l'ASE, le soin, la PJJ ...

À Besançon, une panoplie de réponses

Dans le Doubs, la prise en charge spécifique, tournée vers le soin ou l’errance, remonte déjà à dix ans.
Dans le Doubs, le conseil général privilégie une logique de réseau autour des jeunes qui ne rentrent dans aucune case (lire l’interview de Michel Botbol, psychiatre). Chaque mois, une réunion animée par l’aide sociale à l’enfance et la PJJ rassemble les acteurs concernés (psychiatres, instituts spécialisés, éducation nationale…) pour échanger sur des situations individuelles et tenter de trouver des solutions articulées : l’adolescent est confié une partie du temps à telle institution, une partie du temps à telle autre.
Ces « groupes techniques d’orientation » peuvent notamment faire appel à deux services innovants du centre éducatif l’Accueil, géré par l’ADDSEA (Association départementale du Doubs de sauvegarde de l’enfant à l’adulte) : l’un allie, comme les établissements de Suresnes et de Fleurey-sur-Ouche, champs éducatif et thérapeutique, l’autre se propose d’accompagner des jeunes en errance sans forcément passer par l’hébergement.
L’unité médico-éducative pour adolescents (UMEA) a ouvert fin 1999 pour accueillir des jeunes en crise au titre de la protection de l’enfance et de l’ordonnance de 1945 [2]. « Sa création sur le plan administratif a été extrêmement simple », assure le directeur, Eric Simon : une convention partenariale a entériné le déploiement d’un service extérieur du CHU au sein d’une des trois unités de vie du centre éducatif. Un psychiatre à mi-temps, un psychologue à tiers-temps, un cadre infirmier à temps très partiel et trois infirmiers ont ainsi rejoint une équipe de cinq éducateurs et une maîtresse de maison.
Sur le terrain, en revanche, il a fallu deux ans de préparation avant l’ouverture, une étape longue mais indispensable selon Eric Simon qui insiste sur la nécessité de travailler sur deux plans parallèles : un groupe politique et financier, composé des autorités concernées (justice, conseil général, PJJ, DDASS, DRASS, agence régionale d’hospitalisation…), et un groupe technique, professionnel (psychiatre, psychologue, cadre infirmier, ADDSEA). Ces derniers ont profité de ce temps pour apprendre à se connaître, confronter leurs discours, visiter ensemble d’autres établissements. « Ça ne pouvait pas marcher tout seul parce qu’éducateurs et personnel médical ne parlent pas la même langue, constate Eric Simon. Il n’y a pas de recette pour créer une telle structure. Le seul conseil que je peux donner est de respecter cette phase d’apprentissage. »
Après trois ans d’expérimentation, l’unité de sept lits, une place en studio et deux en accueil de jour a été pérennisée. Elle s’est intégrée dans le dispositif franc-comtois. D’abord conçue elle aussi pour des séjours temporaires, elle laisse désormais plus de temps aux jeunes qui en ont besoin : plusieurs mois, voire plusieurs années. « On avance en marchant, précise le directeur. On repense régulièrement l’organisation. » Derrière le fonctionnement « classique » (ateliers, réunions, synthèses, analyse de la pratique…), un principe : les personnels des deux champs ne sont pas interchangeables, chacun doit garder sa spécificité tout en travaillant de conserve.
L’UMEA ne se prétend pas «  dernière chance  » pour ces jeunes au parcours fracturé : « Notre équipe ne baisse pas les bras à la première difficulté, mais nous ne pouvons pas répondre à tous les problèmes. Nous savons aussi reconnaître quand nous ne réussissons pas. Nous avons simplement ajouté un maillon spécifique dans la prise en charge. » L’UMEA a aussi une fonction d’évaluation : un séjour peut servir à trouver la meilleure orientation possible. Pour repartir sur de meilleures bases.
Créé il y a dix ans, le service d’accompagnement éducatif et social (SAES) vise lui aussi, mais de façon très différente, des jeunes qui n’ont pas pu s’adapter à une structure : les quatre éducateurs suivent les adolescents, souvent en errance, là où ils se trouvent, en chambre d’étudiant, à l’hôtel ou en squat. « L’accompagnement ne peut pas être réduit à l’hébergement, estime Eric Simon. Si on place un gamin toxico qui vit en squat directement dans un foyer, il va fuguer, c’est sûr. » L’équipe jongle avec les aléas d’un parcours erratique, mais ne lâche pas, malgré les risques que comporte ce suivi à distance : « On n’est pas dans la surveillance. On ne va pas aller vérifier où tel jeune se trouve à 22 heures, et pourtant la responsabilité nous incombe. » Les adolescents sont incités à prendre leur vie en main, mais sont tenus à des rencontres régulières avec l’équipe. Dix studios disséminés dans la ville permettent à ceux qui se sentent prêts de trouver un endroit où se poser.
Que deviennent les jeunes qui sortent de l’UMEA et du SAES ? « Dans la plupart des cas, la crise finit par passer, dit Eric Simon. Quant à savoir si elle serait passée sans nos services… » Ici aussi, on évoque le travail de pacification, considérable dans certains cas. « À condition, prévient le directeur, de considérer que l’adolescence n’est pas une période de tranquillité. Mais notre société est-elle encore capable de supporter l’agressivité inhérente à cet âge de transition ? »

Une maison aux petits soins

Près de Dijon, un foyer s’efforce depuis trois ans de trouver de nouvelles approches éducatives grâce à la présence d’une équipe thérapeutique.
C’est une maison bourgeoise dans un joli village des environs de Dijon. Une maison imposante et calme. De l’extérieur, seule la porte cassée de la véranda témoigne d’un quotidien parfois tendu et conflictuel.
Ici, à l’Unité éducative et thérapeutique (UET) de Fleurey-sur-Ouche, sont accueillis six jeunes de treize à dix-neuf ans en grande difficulté socio-éducative ou judiciaire [3]. La plupart présentent des troubles psychiatriques qui ne nécessitent pas cependant une hospitalisation à plein temps. Comme à l’EPETC de Suresnes, des « incasables » dont le comportement a mis à mal les encadrants.
La structure, ouverte en 2004, est née d’un constat de carence fait par les partenaires (aide sociale à l’enfance, DDASS, PJJ, service de pédopsychiatrie) réunis au sein d’une commission départementale : que faire de ces gosses aux profils très variés (petites déficiences, souffrance psychique, troubles du comportement, parfois à la limite de la délinquance) qui ont en commun de n’avoir leur place nulle part ? La réponse, en forme de pari : réunir en un même lieu une équipe éducative et une équipe thérapeutique pour assurer un suivi conjoint… Ce nouvel établissement, géré par l’association départementale des pupilles de l’enseignement public et financé à 95 % par le conseil général (le reste l’étant par la DDASS et la PJJ), a ouvert en 2004. « L’UET était une coquille vide, raconte son directeur Alain Caron, arrivé après six premiers mois chaotiques. C’était à la direction et au personnel de décider et d’inventer ce qu’ils allaient mettre dedans. »
Au départ, l’unité est conçue sur le même principe que l’EPETC : un lieu d’accueil temporaire (trois mois renouvelables une fois) pour gérer une situation de crise, apaiser le jeune et le rendre ensuite à son foyer d’origine. Mais la comparaison s’arrête là. « Nous nous sommes rapidement aperçus que la crise était plus structurelle que conjoncturelle, explique Alain Caron. Beaucoup ont un parcours fracturé. Leur signifier qu’ils ne sont là que pour quelques mois s’avère trop insécurisant pour eux. » D’autant que la plupart arrivent de psychiatrie ou après exclusion d’un établissement. Désormais, les adolescents restent donc le temps nécessaire, plusieurs années si besoin, pour repartir sur un nouveau projet éducatif. « Mais nous gardons en tête la limite de temps », précise Alain Caron. La moyenne de la durée de séjour se situe autour d’un an.
Le directeur expose ainsi la philosophie du lieu : « Comment réussir à garder ces gamins quand d’autres ont échoué ? Une chose est sûre, ils vont attaquer le cadre pour vérifier s’il est bien solide parce que tout le reste, famille ou foyer, s’est écroulé. Le personnel est préparé à cela, pour rester debout face à l’agressivité. Mais nous ne sommes pas plus forts ou plus malins que les autres. Il fallait par conséquent proposer une nouvelle forme d’accompagnement, surprendre nos pensionnaires en n’ayant pas les réactions auxquels ils s’attendent. »
Ainsi, un passage à l’acte ne va pas être considéré dans le seul rapport à la règle mais analysé comme un symptôme du mal-être. « Pour certains, nous savons que, lorsqu’ils reviennent d’un week-end en famille, ils explosent. » Fugues, scarifications… l’agressivité s’exerce d’abord contre eux-mêmes. En cas de violence, une sanction-réparation réfléchie en fonction de chaque personnalité vient à la fois signifier le mécontentement de l’équipe, et tenter de valoriser le fautif. « Par exemple, si un gamin casse une fenêtre, cela ne sert à rien de le faire payer, il n’a pas d’argent. Alors il va faire une pizza pour le groupe, et montrer son potentiel créateur. Ils ont une très piètre estime d’eux-mêmes. Ils ne font que se punir. »
La pratique peine parfois à rejoindre la théorie. Ainsi, une éducatrice victime d’une agression quelques jours auparavant reconnaît qu’elle l’a subie violemment : « La tension quotidienne, on s’y habitue, ça fait partie de leur mode d’expression. Mais face à cette violence directe, j’ai dû admettre que je ne pouvais plus m’occuper de cette personne pour un temps. »
Les soignants (deux psychologues pour un équivalent temps plein, une infirmière à mi-temps et un psychiatre trois heures par semaine) représentent un soutien essentiel pour les huit éducateurs : ils aident à toujours mettre du sens sur les comportements, en le rapportant à une histoire passée souvent très lourde.
Un bilan mensuel entre le psychologue et les deux référents (l’un imposé, l’autre choisi) revient sur les événements survenus et analyse les actes. Mais les deux équipes, thérapeutique et éducative, échangent aussi au quotidien sur des adolescents qui souvent ne veulent plus entendre parler de psy et sont capables de refuser tout rendez-vous pendant des mois. La thérapie passe alors par les activités de tous les jours, à distance. Tous les supports sont bons pour mettre de la parole, de la pensée. « Ces gamins sont blindés de partout. Il faut qu’ils aient confiance dans les adultes pour baisser un peu le masque, constate Alain Caron. Les ateliers, bois, photo, jeux de rôles… sont l’occasion d’alléger leurs mécanismes de défense. Ils lâchent parfois des éléments sur eux-mêmes, leur histoire ; les éducateurs les transmettent aux psychologues qui les retraduisent en pratique éducative, pour nous aider à avoir la bonne parole, le bon geste. »
« Ici, on ne peut pas se contenter d’attendre dans son bureau, souligne William Skowron, psychologue. Il faut savoir travailler autrement, aller à leur rencontre. Ainsi, un jeune qui avait du mal à venir dans mon bureau même après un long séjour me proposait parfois d’aller fumer une cigarette dans le jardin et me racontait son week-end. » A condition de ne pas recevoir l’un d’entre eux en entretien dans la journée, William Skowron prend certains déjeuners avec la maisonnée. Comme tout le personnel, car le fonctionnement du lieu repose sur le « faire avec ».
Des éducateurs sont présents de 7 heures à 23 heures, 365 jours par an, ils partagent tous les temps de la journée, y compris la préparation du repas le soir lorsque la maîtresse de maison est partie. La plupart des pensionnaires rentrant rarement dans leur famille, les camps de vacances aident aussi à retrouver un lien à l’autre. Lorsque l’on vit ensemble du lever au coucher, on se montre sous son vrai jour ; cela rend les adultes plus accessibles.
Même attention dans le déroulé de la semaine : chacun dispose d’un emploi du temps personnalisé qu’il doit respecter, en fonction de ses activités au sein de l’unité et à l’extérieur (scolarité, apprentissage, ateliers en service psychiatrique, etc.). Cependant, une certaine souplesse est de mise, si telle activité ne peut pas convenir à l’état mental du jeune à un moment donné par exemple. Le personnel s’adapte à chacun, y compris dans les relations avec la famille : on accompagne chez les parents, on permet de les recevoir dans un studio conçu dans l’annexe de la maison…
Le nombre restreint de places autorise cette prise en charge personnalisée, certes, mais elle « dénote aussi d’une volonté », selon William Skowron : « L’équipe est très disponible, y compris les week-ends, elle s’intéresse à ce que font les jeunes. » Ce qui n’est pas mince pour des enfants « très faillés narcissiquement ». Le psychologue se souvient notamment du plaisir immense éprouvé par une adolescente passionnée de chevaux parce qu’un éducateur était allé voir son concours de saut d’obstacles…
La bienveillance paie : petit à petit, les crises reviennent moins fort, moins souvent. Sur les vingt-cinq jeunes passés à l’UET depuis sa création, un seul n’a pu rester, parce qu’il avait agressé une femme du village. Ses troubles étaient trop lourds, il a dû retourner en psychiatrie. À l’inverse, un garçon qui se jetait contre les murs et mangeait les mégots de cigarette à son arrivée est reparti au bout de trois ans (le record…) dans une Mecs (Maison d’enfants à caractère social) avec un contrat d’apprentissage classique. Mais l’évolution est rarement aussi impressionnante, et elle est de toute façon difficilement mesurable. « Tous en tirent un bénéfice, estime William Skowron. La sécurité les fait aller mieux. »
De là à garantir un comportement à la sortie… Le directeur Alain Caron ne s’y risque pas. En revanche, il évoque une des principales difficultés rencontrées à l’UET : les adolescents finissent parfois par s’y sentir comme dans un cocon et ne parviennent plus à en sortir. C’est pourquoi, dès le début, on leur explique qu’ils sont là pour repartir. « On les rassemble psychiquement et géographiquement, on restaure les liens avec les adultes en privilégiant les activités en interne pendant quelques semaines, précise Alain Caron. Puis on refait le chemin inverse : resocialisation, réinscription dans le milieu scolaire ou autre… » Ils se posent ici pour définir un projet, mais l’objectif est qu’ils aillent le réaliser ailleurs. Ce qui n’est pas toujours facile à organiser, les autres établissements ayant tendance à stigmatiser le public de l’UET comme « le pire ». L’équipe de Fleurey doit donc présenter un candidat avec un projet clé en main, prouver qu’il est capable de tenir dans un appartement ou dans un foyer classique.
Etape essentielle, la sortie est organisée pour être valorisante : tu pars non pas parce qu’on ne veut plus de toi mais parce que tu es capable d’autre chose. Fête, discours, diaporama sur les moments forts dans la maison… À l’opposé des départs connus auparavant.
Seule certitude : l’existence de l’UET soulage les dispositifs d’accueil. Au point que l’idée de créer une deuxième unité sur le même modèle en Côte d’Or commence à poindre. Le directeur ne semble pas convaincu de la pertinence d’une petite sœur : « Ne risque-t-on pas, en multipliant l’offre, de saper le travail de tolérance des établissements existants ? »

PJJ

Le 6 mars 2018 | Marianne Langlet

PJJ : L’intention terroriste et l’adolescent

Thème : Justice

À la Protection judiciaire de la jeunesse, les éducateurs suivent des mineurs poursuivis pour intention terroriste.
 Ils sont devenus la priorité de la protection judiciaire de la jeunesse ». Nathalie Caron est éducatrice PJJ et co-secrétaire nationale du syndicat national des personnel de l’éducation et du social (SNPES-PJJ/FSU). Lors du colloque sur l’enfermement des mineurs, organisé à l’occasion de l’anniversaire de l’ordonnance de 45 (1), son témoignage sur la prise en charge des mineurs poursuivis pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste (AMT) révélait ce travail complexe des éducateurs.
Trente-trois mineurs étaient suivis, au 1er novembre 2017, dans le cadre d’une AMT : 16 étaient détenus dont deux filles, 17 sous contrôle judiciaire dont 10 placés dans des institutions type centre éducatif fermé. « Ils représentent moins de 1 % des prises en charge par la PJJ et pourtant les moyens déployés sont disproportionnés », avance Nathalie Caron. Selon le rapport d’activité pour 2016 de la mission nationale de veille et d’information (MNVI) « la majorité des situations recensées relèvent d’attitudes de provocation, sans fondement idéologique ou politique, avec une grande méconnaissance de la religion ». La mission souligne que ce public est « hétérogène, majoritairement non connu de la PJJ, avec une scolarité investie et de bon niveau ».
Ces situations nouvelles pour les éducateurs s’inscrivent dans un cadre juridique complexe puisque ces poursuites pour AMT sanctionnent une « intention terroriste » mais pas de passages à l’acte terroriste. Pourtant, dans un contexte anxiogène, l’enfermement de ces adolescents en établissement pour mineurs (EPM) ou en quartier pour mineurs (QM) est quasi systématique. Leur détention est également plus longue : la loi de juillet 2016 prolongeant l’état d’urgence porte de un à deux ans la durée maximum de détention provisoire pour les mineurs concernés par une AMT.
Surinvestissement
Systématiquement suivis par le pôle anti-terroriste de Paris, ces jeunes, quelle que soit leur région d’origine, sont présentés à l’unité éducative auprès du tribunal de Paris où une mesure judiciaire d’investigation éducative (MJIE) est prononcée. Cette mesure pluridisciplinaire, de six mois non renouvelables, réunit un éducateur, un psychologue, une assistante sociale autour de la famille et de l’enfant pour « les mobiliser dans une réflexion sur les faits reprochés, sur ce qu’ils sont venus signifier dans la dynamique familiale », explique Nathalie Caron. Dans le cas des jeunes poursuivis pour AMT, cette MJIE a la particularité d’être attribuée à deux équipes d’un service éducatif pour croiser deux approches, dont l’une est systémique. Si pour la MNVI ce croisement est « une richesse », pour les éducateurs PJJ représentés par le SNPES « la multiplication des intervenants pose question. Le jeune est donc suivi au minimum par trois équipes éducatives, deux pour la MJIE et une de l’EPM ou du QM soit au minimum trois ou quatre éducateurs, trois à quatre psychologues, deux AS. » Nathalie Caron s’interroge : « Comment le jeune peut il comprendre ce surinvestissement sur sa personne ? Quelle relation éducative peut-il investir ? » Et comment justifier ce déploiement de moyens pour les uns, quand pour les autres, la Protection judiciaire de la jeunesse ne cesse d’alerter sur le virage sécuritaire – avec un record en août dernier de 885 adolescents emprisonnés – et le manque de moyens donnés à l’éducatif ?
(1) Une vraie alternative à l’enfermement des mineur·es : la liberté, 9 et 10 février 2018 organisé par le Syndicat de la Magistrature, le SNPES PJJ, l’Observatoire international des prisons, le Syndicat des avocats de France.

samedi 3 mars 2018

le social est malmené.

Éducateurs, gens de valeurs



Le profil des jeunes éducateurs a-t-il changé ? Un demi-siècle après l’apparition du diplôme d’État, dans le contexte nouveau d’un travail social en mutation – en crise –, la question devait être posée.
L’anniversaire s’est fait – un peu trop – discret : les célébrations autour du cinquantenaire de la création du diplôme d’État d’éducateur spécialisé (DEES, apparu en 1967 – voir dossier LS n° 1201) n’ont brillé ni par leur nombre, ni par leur éclat. Ni même par leur enthousiasme. En novembre dernier à Strasbourg, le Conservatoire national des archives et de l’histoire de l’éducation spécialisée (Cnahés) a voulu marquer l’événement, sans pouvoir ignorer toutefois le fond de tensions qui le bordait : colère des professionnels dénonçant un paysage dégradé, réarchitecture des diplômes menaçant certaines valeurs initiales, généralisation des appels d’offres et mises en concurrence des structures…
Les jeunes éducateurs, entend-t-on parfois, sont moins engagés et, autrement formatés, ils seraient tenus de devenir des techniciens constamment en mode projet. À la tête des établissements, des associations, voire des instituts de formation, arriveraient de plus en plus massivement des managers du social, prêts à des méthodes plus expéditives pour « rationnaliser » la profession.
Dans ces conditions, que deviennent l’empathie, le souci de l’autre, la disponibilité, la patience, le soutien, l’accompagnement (liste non exhaustive) qui caractérisent le travail social ? Lors d’une journée plaisamment intitulée Le métier d’éducateur spécialisé dans tous ses états, l’IRTS de Lille a lui aussi fêté, le 7 décembre dernier, les cinquante ans du diplôme d’État. Dans sa conférence Les nouveaux éducateurs sont-ils arrivés ?, Alain Vilbrod, professeur de sociologie, passionnait l’auditoire en juxtaposant une recherche récente avec une précédente qu’il avait menée 22 ans auparavant, dénommée Devenir éducateur, une affaire de famille.
Dans cette première enquête, le chercheur avait documenté le « frayage familial » dont cette génération était redevable, ces « modes d’imprégnation, d’incorporation, de dispositions, y compris éthiques, tels qu’ils peuvent être transmis » par la parentèle (au sens large). Dans la seconde étude, les enseignements livrés sur cette nouvelle génération d’éducateurs·trices (taux de féminisation croissant régulièrement, moyenne d’âge autour de 27 ans pour les 1 150 personnes interrogées) sont de fait assez positifs. Les influences familiales observées il y a presque un quart de siècle perdurent, et donc « les façons dont, plus ou moins inconsciemment, des parents s’y sont pris pour produire l’envie, ont peu changé ». Côté valeurs, l’entrelacement « estime de soi/souci de l’autre, base ni plus ni moins de la construction de la confiance » est toujours avancé. Car, énonce-t-il joliment, éducatrices et éducateurs sont « gens de valeurs ». L’idéal social du métier perdure, poursuit l’auteur, « même si, probablement, ces idéaux qui les animent sont plus que jamais délégitimés aux yeux des manageurs »… Le sociologue ne minimise pas pour autant les « idéologies managériales » dont le secteur souffre.
Alain Vilbrod rappelle enfin que « le taux d’attrition, le taux de fuite du métier » est particulièrement faible : l’immense majorité des éducateurs stagiaires exercera durablement son métier, et le taux d’abandon en cours de formation reste faible, oscillant autour de 3 %. Rassurant.

21 février 2018

Mineurs isolés : inquiétudes après la mission d’expertise


La réaction associative s’est faite attendre après la fin de la mission bipartite État/Assemblée des départements de France (ADF), portant sur l’évolution du dispositif d’évaluation et de premier accueil des mineurs non accompagnés. Pour cause, les associations souhaitaient parler d’une même voix, forte, face aux deux scénarii proposés dans la note rendue publique fin janvier. L’un préconise un maintien de l’évaluation et du premier accueil dans la protection de l’enfance avec un renforcement budgétaire de l’État, l’autre un transfert du dispositif vers l’État, donc le Préfet, avec la création de plateformes interdépartementales.
« Loin des considérations de protection de l’enfance, ce rapport confirme la vision purement budgétaire et technocratique qui semble animer les pouvoirs publics, n’utilisant même jamais le terme "enfant" lui préférant celui de "flux" » estiment les signataires d’un communiqué diffusé hier, parmi lesquels le Gisti, la Cimade ou encore le Syndicat des avocats de France (SAF).
Fichier biométrique, mise à l’abri incertaine
Ils regrettent surtout que le transfert de compétences des missions d’évaluation et d’hébergement d’urgence des départements vers l’État soit privilégié, « ce qui aboutirait à un régime discriminatoire à l’égard des jeunes exilé·es. ». Ils citent également des préconisations « particulièrement inquiétantes » : la création d’un circuit court pour les jeunes considérés comme « manifestement mineurs ou majeurs », le flou autour de la mise à l’abri en cas de recours contre la décision de non-lieu à assistance éducative, la création d’un fichier national biométrique, l’évaluation de la minorité par des agents de préfecture.
« Une telle réforme serait non seulement contraire aux principes et aux droits tels que définis par les conventions internationales, mais renverserait également tous les principes de protection de l’enfance du droit français », préviennent les signataires, invitant le gouvernement « à faire le choix du respect des droits des enfants en allouant des moyens supplémentaires aux services de la protection de l’enfance ». Le gouvernement présente aujourd’hui son projet de loi sur l’immigration, vivement critiqué par les associations de défense des exilés, la Cour nationale du droit d’asile en grève, tout comme l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra). Divisant jusque dans son propre camp sur ce sujet, il n’a pour l’heure pas dévoilé ses intentions envers les mineurs isolés.