lundi 7 septembre 2020

 

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  • La Communication Non Violente : pour une écoute bien-traitante des émotions du jeune enfant
  • La Communication Non Violente : pour une écoute bien-traitante des émotions du jeune enfant

    La Communication Non Violente (CNV) est désormais connue et reconnue en France. Notamment dans le secteur de la petite enfance où elle a ses adeptes. Arnaud Deroo en est un... La CNV permet le langage des émotions. C’est pourquoi elle est particulièrement bien adaptée à la qualité d’accueil du jeune enfant, que le formateur-thérapeute prône et défend avec acharnement.
    Au commencement, les émotions
    Françoise Dolto disait : « le jeune enfant est un être social, un être de langage ». Il est aussi et avant tout un être d'émotions, un être de besoins. Emotions et besoins qui ont justement besoin d’être entendus, reconnus, nommés, respectés et mis en mots pour l'aider à se construire au monde. Si un jeune enfant n'est pas entendu dans son vécu émotionnel, voire même puni, mis en retrait, il sera fragilisé dans son estime de soi, sa sécurité intérieure si indispensable pour son devenir adulte. L'émotion est ce qui se meut en soi, en l'enfant, ce qui met en mouvement, en vie. L'émotion est physiologique : le jeune enfant va la sentir, la ressentir dans tout son corps et va ensuite l'exprimer avec tout son corps. Une émotion vécue par l'enfant est parfois bruyante (souvent diront certains) dérangeante, déstabilisante...

        Sophie, 3 ans, dès le réveil crie à son père quand il rentre dans sa chambre : « non pas toi, je veux maman ».
        ou encore
        Julie, 2 ans, à la sortie de la crèche, jette son croissant et crie avec rage : « non je veux un petit pain ».
        ou aussi
        Jules lève sa main sur sa mère qui allaite le bébé.


    Ces quelques exemples (je pourrais en donner d'autres) font partie de votre quotidien, se répètent plusieurs fois par jour et sont multipliés par le nombre d’enfants accueillis ! Les enfants ne sont pas plus difficiles qu'avant, les enfants ne sont pas sages ou sages, ils sont.
    Le jeune enfant vient au monde démuni, son identité va se construire par le jeu inter-relationnel entre lui et sa sensibilité propre, sa famille, son environnement social et culturel. La personnalité de l'enfant va s'épanouir selon la nature et la qualité des échanges qu'il va vivre avec les adultes. Plus l'enfant a face à lui des adultes en conscience, en contact avec ses émotions et besoins, plus l'enfant aura des chances de grandir en autonomie. Le jeune enfant doit se sentir aimé, respecté, c'est un besoin fondamental, non un plus. Cet amour ressenti donne la base de sécurité indispensable pour aller à la rencontre avec soi et les autres. 
    C'est une relation de « cœur à coeur », d'être sensible à être sensible dont l'enfant a besoin. L'émotion est un langage : ses cris, ses pleurs, ses plaintes, ses agitations vous disent quelque chose, à vous d'être son décodeur. Ce n'est pas simple pour lui non plus, et votre présence calme et attentive va l'aider à passer le cap émotionnel. Servir de décodeur, aider l'enfant dans ce vécu émotionnel est un beau présent, dans le présent, à lui faire. Voyez combien, nous adultes, nous sommes parfois emmêlés, parasités dans et par nos émotions : boules au ventre, à la gorge, larmes aux yeux…

    Une écoute bienveillante pour une communication bien-traitante
    Nous sommes bien souvent prisonniers de nos émotions puisque nous avons nous-mêmes reçu une écoute non bien-traitante.

    « Tu ne vas pas pleurer pour ça »
    « T'es grand maintenant »
    « Va dans ta chambre »
    « Tu l'as vu celle-là, tu vas savoir pourquoi... »

    En CNV, cela donnerait plutôt :
    « oh la, tu as beaucoup de chagrin »
    « Tu grandis, c'est chouette »
    « Je pense que nous avons besoin de nous mettre en retrait »


    Offrir à l'enfant des adultes qui accueillent avec bien-traitance les émotions va lui permettre de développer son autonomie, sa confiance en soi, son esprit critique, son capital bonheur... L'émotion n'aime pas être interrompue, elle a un cycle de vie qui lui est propre, elle surgit et disparaît sur un mode tout a fait imprévisible et irrationnel. Une émotion a besoin de s'exprimer là maintenant, elle a besoin d'être entendue, acceptée, reconnue. Le jeune enfant face à ces états émotionnels est démuni, c'est pour cela que la réaction va être souvent motrice et vive, cela est dû à son immaturité neurologique et non contre vous (si bien expliqué par Catherine Gueguen dans son ouvrage). Même dans ses états de colère l’enfant enfant a besoin de vous. Si les adultes n'aident pas suffisamment un enfant à gérer ses émotions, l'enfant risque de ne pas développer des compétences futures pour gérer correctement son stress. Plus tard, l'enfant pourra également avoir des difficultés à développer son empathie pour lui-même et pour les autres. La Communication Non-Violente ou bien-traitante peut alors apporter aux adultes des jalons pour développer cette écoute, cette relation.

    Je pense que le sens de la vie est « d'aimer l'autre » l'aider à grandir, à s'épanouir. Cette idée est donc encore plus vraie pour les adultes qui accompagnent les enfants. Accompagner l'enfant, l'aider à grandir, ne devrait être que du bonheur, celui de de voir s'épanouir à la vie l'enfant.
    La Communication Non-Violente peut permettre aux adultes de developper un regard bien-traitant vers l'enfant et offrir une fluidité dans la relation. Le jeune enfant a besoin d'être regardé, et de nos jours, il est de moins en moins regardé vraiment et pour ce qu'il est. Trop souvent, il est regardé avec des filtres tels que : « bien se comporter, être sage, ... »

    La CNV : fondée sur l’empatahie et au service de la vie
    La Communication Non-Violente permet de développer une éducation au service de la vie et de la joie. Elle permet de voir l'enfant dans le moment présent, c'est une clé pour une éducation citoyenne.
    Marshall  Rosenberg qui a construit ce modèle de communication (mais qui est beaucoup plus qu'un outil, c'est une éthique relationnelle) invite les adultes à s'exprimer dans un langage relié à la vie. La CNV invite les adultes à s'exprimer en termes de sentiments et besoins au lieu de formuler des jugements, des interprétations, opinions et ensuite à chercher ce que l'enfant demande, dit par son comportement.

    « T'es vraiment infernal »
    « Tu es agaçant »
    « T'arrêtes pas une minute, c'est pas possible »
    « Regarde ton copain, lui au moins... »

    en CNV cela donnerait plutôt :
    « Tu as besoin de courir, viens ... »
     « J'ai besoin de calme pour jouer à ce jeu »


    La Communication Non-Violente invite les adultes à regarder les comportements des enfants avec une lecture de leurs émotions et besoins : « que me dit-il ? » et à en trouver la cause pour établir la communication. Elle part du postulat que tous les humains grands ou petits partagent les mêmes besoins et que derrière tout comportement, émotion, se trouve un besoin satisfait ou non et que le langage influence notre façon d'être relié à l'autre : il y a des mots qui aident à grandir et d'autres pas.
    La Communication Non-Violente invite les adultes à développer leur empathie vis-à-vis de l'enfant. Cette empathie est indispensable car l'enfant n'a pas les mots, l'adulte va devoir être chercheur, traducteur, décodeur, repérer ce qui peut se passer pour l'enfant pour l'accompagner.
    La CNV ne doit  pas être vécue comme un outil, car vous pouvez avoir les meilleurs outils possibles et ne pas savoir vous en servir. L’intégrer ne suffit pas, il est bon avant tout de l'enclencher tout d'abord pour soi, pour ensuite l'offrir aux enfants. Notre éducation a fortement développé notre pensée et nous éloigne de notre ressenti.

    La CNV : d’abord un travail sur soi
    Pour offrir une relation non-violente vers l'enfant, soyons d'abord en tant qu'adulte à notre propre écoute intérieure sans violence, sans culpabilité, sans jugement.
    S'approprier la CNV c'est se réaproprier la responsabilité de son émotion et de son besoin ce n'est pas l'autre, ce n'est pas l'enfant qui est responsable de mon état intérieur et vice-versa.
    « Je suis dans cet état émotionnel car j'ai un besoin non satisfait (ou satisfait) et j'ai donc la responsabilité de prendre soin de moi, ce n'est pas à l'enfant de prendre soin de mon besoin. »
    « Arrêtez tout ce bruit, on s'entend plus » est une formulation violente.
    En CNV, l'adulte cherche une solution pour satisfaire leur besoin de bouger ou comment satisfaire son besoin de calme en proposant une activité aux enfants. Intégrer, vivre la CNV au quotidien, demande selon moi que vous nettoyiez avant tout votre propre histoire éducative, vos croyances, principes, attentes, illusions. Etre professionnel de la petite enfance n'est pas sans risque car dans la relation aux enfants vous pouvez être rattrapés par votre histoire et le risque alors est que votre communication soit non bien-traitante.
    N’oubliez pas : en apprenant à identifier vos sentiments et besoins, en apprenant à porter sur vous-même un regard non jugeant, et empreint de bienveillance et de respect, vous apprenez progressivement à être à l'écoute des sentiments et besoins de l'enfant et à porter sur lui ce même regard de respect, non jugeant.
    Ce regard, cette communication humaniste, va offrir à l'enfant une capacité au bonheur puisqu'il aura appris à sentir, à prendre soin de lui et de ses besoins.
    Rappelez-vous que la relation à l'enfant relève de l'extraordinaire. Il faut en prendre soin.

    mercredi 27 mai 2020

    20 mai 2020

    • TERRAIN - Journal de bord - Applaudir et remercier…


    Par Cédric C., 18 ans suivi en Maison d’enfants à caractère social.
    Pendant le confinement à 20 heures, nous nous sommes mis à nos fenêtres et avons applaudi tous les soignants en guise de remerciements pour les soins apportés auprès des victimes du Covid-19.
    De ma fenêtre, à mon niveau j’ai aussi souhaité dire merci à ceux qui prennent soin de moi depuis l’âge de 16 ans.
    Ceux ne sont pas des médecins, ni des infirmiers, ni des pompiers, ce sont des éducateurs. Leur mission, nous accompagner lorsque nous traversons une période difficile de notre vie et que nous sommes contraints de nous séparer de notre famille. C’est ce qui m’est arrivé. A l’âge de 16 ans, les relations avec ma mère sont devenues si compliquées et douloureuses à vivre que la solution préconisée a été l’éloignement dans le cadre d’un placement.
    Dire merci aux éducateurs c’est aussi donner une autre image de leur travail et des lieux dans lesquels ils interviennent, les foyers. Souvent, l’image médiatique fait surtout état de l’accueil de jeunes délinquants. Dans mon foyer, la MECS Le Pourquoi Pas, j’ai découvert que c’était tout autre. Bien sûr il y a une proportion de jeunes qui passent à l’acte, qui font des embrouilles mais la majorité de ceux qui y vivent ne sont pas délinquants. Ce sont des jeunes comme moi. En arrivant dans ce foyer, un collectif de 14 jeunes, je pensais ne pas pouvoir m’intégrer. J’étais inquiet, j’avais subi du harcèlement scolaire pendant longtemps et je craignais qu’il se produise la même chose. Je n’avais plus confiance en les autres, ni en moi. Mais cela n’a pas été le cas, j’ai été bien accueilli tant par les jeunes que par les adultes. Bien sûr vivre en collectivité génère des hauts et des bas, nous ne pouvons pas nous entendre avec tout le monde mais cela développe aussi des ressources : l’apprentissage de la tolérance, de la compassion. Il y a une forme de solidarité qui se crée entre jeunes car après tout nous sommes tous là, un peu dans la même galère avec nos soucis. Quand il y a des coups de gueule, on se dit : « tiens il n’est pas bien aujourd’hui, y a un trop plein mais demain cela ira mieux. Aujourd’hui c’est lui demain cela en sera un autre ou moi ». Nous vivons avec les hauts et les bas émotionnels de chacun et nous finissons par les accepter. Nous ne pouvons pas nous entendre ni aimer tout le monde, mais j’ai vraiment créé des liens privilégiés avec certains jeunes qui sont devenus des amis et les éducateurs comme des membres de ma famille, de ma deuxième famille.
    Peu avant la date du confinement, je vivais sur le collectif, j’ai intégré un appartement géré par la MECS Le Pourquoi pour expérimenter la vie en logement autonome. Par l’annonce que chacun devait rester chez soi, de façon un peu brutale, j’ai alors fait l’expérience de la solitude mais grâce à la présence des éducateurs pas celle de l’isolement.
    Ainsi chaque jour à 20 h en applaudissant les soignants, j’ai souhaité aussi applaudir mes soignants, leur dire merci.
    Merci aux éducateurs d’être venus très régulièrement me rendre visite, d’avoir continué leur service en pleine pandémie de Covid-19, d’avoir été là pour tous les jeunes, malgré les circonstances dangereuses.
    Ce temps de confinement a été un temps de remise en question, un temps de réflexion, comme une sorte d’arrêt sur image, l’image de ma vie. J’ai repensé à ses différentes étapes, aux expériences vécues au foyer en pleine adolescence. Il n’y a pas à dire vivre en collectivité c’est surmonter des moments difficiles mais aussi se souvenir de bons moments, des cris, des pleurs, des rires et fous rires, des instants que l’on kiffe. Ma vie quoi ! Celle que j’ai vécue, que je vis et que je ne renie pas. Pour certains jeunes, être placé dans un foyer est honteux. Ils craignent d’être considérés comme des délinquants ou des « cassos ».
    Je n’ai pas honte de ce placement, je ne suis ni un délinquant, ni un « cassos, je suis un adolescent qui avait juste besoin d’être aidé pour être et devenir.
    Alors Merci aux éducateurs de m’avoir fait grandir, d’être comme ma deuxième famille.
    Merci d’avoir médiatisé les relations entre ma mère et moi, nos relations sont devenues meilleures.
    Merci de m’avoir aidé à renouer les liens avec mon père
    Merci d’être disponible, d’être à l’écoute lorsque j’ai besoin de parler de sujets que je n’aborderais jamais avec ma mère.
    Merci d’avoir pris soin de moi cela m’a permis de me reconstruire, de ne plus être dans un statut de victime et d’avoir confiance en moi. Merci pour cela
    Merci de vous être fâché, me montrant votre inquiétude et intérêt.
    Merci de m’avoir soutenu, rassuré dans mes choix.
    Merci de m’avoir donné quelques ficelles pour aborder les filles.
    Merci de m’avoir aidé à trouver les mots pour dire mes tensions, mes doutes, mes joies.
    Merci de m’avoir appris à m’aimer et à m’accepter tel que je suis.
    J’ai 18 ans, je ne peux oublier d’où je viens, par où je suis passé, avec votre aide je sais un peu mieux où je vais.
    Merci…

    jeudi 23 avril 2020

    Bonjour à toutes et tous, 

    Comme convenu, voici le lien de la tribune publiée ce matin dans Libé :


    N'hésitez pas à la relayer dans vos réseaux et sur vos réseaux sociaux. 

    Encore merci ! 

    Lyes et Anais Vrain 

    mardi 21 avril 2020

    Signataires : Acat, Ardhis, Droits d’urgence, Gisti, Kâlî, LDH et Utopia 56



    19 avril 2020

    ★ INITIATIVES - En direct de nos amis belges - n°6


    Le site www.yapaka.be a mis en ligne toute une série de vidéos très concrètes et très utiles pour aider à gérer la pandémie.
    Des spécialistes reconnu(e)s du secteur de l’enfance et de la protection de l’enfance, de l’action sociale apportent leur vision sur les moins mauvaises postures à adopter : toute la semaine Lien Social, vous fait découvrir sa sélection.
    Aujourd’hui, Vidéos de Pierre DELION pédopsychiatre, tournées par téléconférence le 26 mars 2020
    1. En contexte de crise sanitaire, quelles sont les pistes dont le professionnel de l’aide dispose pour soutenir les familles ?

    20 avril 2020

    ★ INITIATIVES - Une mine de ressources


    La période du confinement est venue bousculer le quotidien des travailleurs sociaux, les missions de poursuite éducatives venant se rajouter aux contraintes liées aux distances sociales imposées.
    L’association « Up Séjours », qui propose aux publics enfants et adolescents des structures sociales PJJ et ASE, des séjours de vacances a mis à profit son important réseau pour ouvrir un espace ressource « on pense à vous ».
    Ont ainsi pu être mis en ligne, depuis le 4 avril dernier, plus de 2 000 supports mutualisés et accessibles gratuitement en téléchargement dans le domaines aussi variés que l’accès à la presse, actualités, lecture numérique (BD, Mangas…) et livres audios ; l’aide aux devoirs de la primaire à l’université en passant par les formations professionnelles, l’initiation à des exercices de sports, de yoga et de méditation, l’accès à des jeux éducatifs sur PC (certains avec modération), l’information sur des outils de gestion de tâches, de projets, de travail à distance pour les professionnels .
    Depuis quelques jours, alors que la seconde phase de confinement a été décidée, de nouveaux services complémentaires sont mis en ligne progressivement :
    - "A LA RENCONTRE DE …" ou comment échanger en visio avec des personnalités intéressantes et inspirantes, qui ont réalisé un rêve ou fait le tour du monde par exemple.
    - "ON PASSE VOUS VOIR ! " … pour vous proposer en direct et en visio toujours des spectacles, des cours de sport, de cuisine…
    - "ON PENSE A VOUS "… ou comment d’autres enfants et adolescents pensent à vos publics, vraiment et vous le montreront via leurs témoignages !
    - "J’AI UNE QUESTION !"... sur un sujet précis d’actualité, ou un besoin précis lié à l’orientation, la scolarité… des personnes ressources répondent par chat visio.
    - "C’EST AUSSI CA"… ou comment le confinement en structures peut aussi apporter son lot de sourires, de rires et des moments complices avec ces publics…
    Animée par une équipe de bénévoles, cette initiative mérite d’être saluée et largement diffusée.
    Pour se connecter, une adresse : https://www.upsejours.social
    Cliquer sur l’onglet « on pense à vous »
    Une adresse courriel et un mot de passe sont à fournir pour entrer dans la liste des ressources documentaires et recevoir les informations sur les mises à jour.

    dimanche 12 avril 2020




    11 avril 2020

    ✚ COMMUNIQUÉ – Protection de l’enfance


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    Communiqué du 6 avril 2020 adressé à Madame la ministre, garde des Sceaux, et Monsieur le secrétaire d’État en charge de la protection de l’enfance,

    Nos organisations tiennent à vous alerter sur la situation des enfants en cette période de confinement. Alors qu’ils sont particulièrement vulnérables et qu’une attention particulière devrait leur être accordée, ils sont en réalité les grands oubliés.
    Au risque de leur faire encourir de graves dangers.
    En cette période de crise, nous constatons que les rôles et places de chacun des acteurs, tant en protection de l’enfance qu’en matière pénale sont brouillés, tant et si bien que ces missions pourtant essentielles ne sont plus assurées au mieux des intérêts des enfants et des adolescents.
    Les ordonnances prises dans le domaine de la justice, en matière civile comme pénale, ne nous semblent pas de nature à résoudre les difficultés, mais au contraire à les aggraver.
    S’agissant de la protection de l’enfance vous avez, Monsieur le secrétaire d’État, adressé une lettre le 21 mars dernier aux présidents des conseils départementaux dans laquelle vous avez listé les activités vous semblant devoir être intégrées dans les plans de continuation d’activité des départements : cellule de recueil des informations préoccupantes, interventions de protection de l’enfance à domicile, permanence éducative téléphonique à destination des assistants familiaux, prise en charge au-delà des 18 ans pour éviter toute remise à la rue de jeunes majeurs non autonomes et adaptation des missions de la PMI.
    Vous y avez également mentionné la priorité qui devait être donnée à la mise à l’abri des mineurs isolés étrangers, quand bien même les conditions d’évaluation de leur minorité seraient perturbées, la mise à l’abri devant dès lors être systématique.
    Toutes ces préconisations, que nous rejoignons, avaient pour but, selon vos propres termes, de rappeler que « les enfants en danger et les enfants protégés doivent faire l’objet d’une vigilance encore plus forte afin que l’urgence sanitaire à laquelle nous sommes confrontés ne conduise pas à aggraver leur situation ».
    Et pourtant …
    Nous constatons que les situations sont très disparates selon les départements et dans nombre d’entre eux ces priorités ne sont pas assurées.
    Les services de prévention et de protection de l’enfance, que ce soit dans le cadre administratif ou judiciaire, fonctionnent essentiellement par téléphone.
    Alors même que ce seul contact par téléphone apparaît insuffisant, il est en outre mis à mal la plupart du temps, par l’absence de matériel professionnel mis à disposition des équipes.
    La crise sanitaire conduisant également de nombreux foyers à solliciter des mainlevées de mesures, voire les contraignant à fermer, certains enfants reviennent à domicile dans des conditions mal préparées et sans aucun accompagnement éducatif effectif, ou bien sont brutalement réorientés vers d’autres structures.
    L’accès aux soins est mis à mal et les services de la protection maternelle infantile ne paraissent pas partout en état de fonctionner.
    En cette période où l’école ne peut que difficilement jouer son rôle habituel de détection des situations de danger, nous nous inquiétons particulièrement des capacités collectives, à les détecter et donc à apporter une protection effective aux enfants concernés.
    Enfin, la situation des mineurs isolés étrangers demeure la plus préoccupante, ces derniers ne sachant vers qui se tourner pour être mis à l’abri, beaucoup sont à la rue. Une décision de la CEDH a d’ailleurs été nécessaire pour enjoindre un département à prendre un mineur en charge.
    Si nous avons pu espérer que l’ordonnance n° 2020-304 du 25 mars 2020 portant adaptation des règles applicables aux juridictions de l’ordre judiciaire statuant en matière non pénale apporterait quelques gardes-fous en matière d’assistance éducative, il n’en est rien.
    L’ordonnance donne la possibilité aux juges des enfants de prononcer des non-lieux à assistance éducative sans audience et sans recueil des observations des parties. Ainsi, des mineurs isolés étrangers risquent fortement de se voir refuser le bénéfice de mesures d’assistance éducative sans avoir eu l’occasion d’être défendus et de faire valoir leurs observations.
    Par ailleurs, nous ne pouvons que déplorer que cette ordonnance oublie l’enfant comme sujet de droit.
    Il n’est à nul endroit prévu le recueil de ses observations ou son audition alors-même que l’enfant discernant est partie à la procédure et que son droit à être entendu est un principe consacré par la Convention internationale des droits de l’enfant.
    Pourtant, les décisions qui pourront être prises par les juges des enfants, sans contradictoire réel, et pour de trop longues durées, seront lourdes de conséquences : prolongation des mesures d’assistance éducative de plein droit jusqu’à un mois après la fin de l’état d’urgence sanitaire, (sans que l’on sache s’il sera levé le 24 mai prochain) ; renouvellements de mesures pouvant aller jusqu’à neuf mois pour les placements, un an pour les mesures de milieu ouvert, sur le fondement d’un rapport éducatif, dont il n’est en nul endroit prévu les modalités effectives de communication aux parties, ou d’accès au dossier.
    Par ailleurs, le recueil de l’avis écrit d’un seul parent, sans prise en compte de l’avis de l’enfant dans les mêmes conditions, vient à l’encontre de l’ exercice de l’autorité parentale conjointe, qui pourtant est et doit rester la règle, à l’exception de situations particulièrement graves (telles les violences avérées d’un parent) .
    L’état d’urgence sanitaire ne justifie pas une telle disproportion dans l’atteinte aux droits des
    parties.
    Concernant la prise en charge de la délinquance des enfants et des adolescents, nous faisons malheureusement des constats tout aussi pessimistes.
    En effet, la grande majorité des professionnels de la protection judiciaire de la jeunesse n’ont pas les moyens matériels et techniques permettant un accompagnement à distance, dans le respect des mesures sanitaires, et le maintien d’un lien effectif et suivi avec les enfants et les adolescents, pour lesquels l’entretien uniquement téléphonique s’avère parfois totalement inadapté.
    En détention, la situation apparaît dramatique et force est de constater l’insuffisance des moyens de protection pour éviter une propagation du virus - les gestes « barrière » étant très difficiles à respecter - , une promiscuité en promenade, des activités quasi à l’arrêt et une privation complète des contacts avec les familles, ce qui rend l’enfermement d’autant plus insupportable.
    Si des structures de type foyers ou centres fermés ont vu leurs effectifs diminuer pour des solutions alternatives, pour autant, les lieux d’incarcération des mineurs sont encore trop pleins, comme en témoignent les chiffres de la région Île de France, où les établissements accueillant des mineurs étaient à saturation jusqu’il y a quelques jours et ne se vident que très lentement.
    Les mineurs isolés étrangers sont particulièrement touchés par cette situation carcérale lourde, subissant parfois des transferts d’établissement intempestifs et obtenant peu de mises en liberté, faute de solutions alternatives adaptées en cette période de crise sanitaire.
    L’ordonnance du n° 2020-303 du 25 mars 2020 portant adaptation de règles de procédure pénale accroît ces difficultés, en permettant notamment une prolongation de droit de la détention provisoire pour les plus de 16 ans encourant plus de sept ans d’emprisonnement.
    Nous déplorons que cette ordonnance n’ait pas davantage fait primer l’éducatif, ni garanti la spécificité et la moindre sévérité pour les enfants par rapport aux majeurs. Il est à notre sens très préoccupant et peu compréhensible que pour plusieurs dispositions (prolongation de garde à vue qui peut intervenir sans présentation devant le magistrat compétent, prorogation automatique de la détention provisoire), certains mineurs puissent se voir appliquer les mêmes règles que les majeurs, règles pourtant particulièrement dérogatoires aux droits de la défense et aux libertés. Il est à noter d’ailleurs que toutes les mesures plutôt favorables portant sur les remises de peine concernent en réalité peu de mineurs, qui restent à 80 % placés sous le régime de la détention provisoire.
    Par ailleurs, les seules règles spécifiquement prévues pour les mineurs, à savoir la prolongation automatique des mesures de placement (pour 4 mois), et des mesures éducatives (pour
    7 mois) sans débat, ne garantissent pas le respect des droits particulièrement en ce que les placements en centre éducatif fermé n’ont pas été explicitement exclus et que ces durées sont excessives. Nous nous interrogeons ici aussi sur la notion de rapport éducatif au regard de l’absence de matériel professionnel d’une grande partie des personnels de la PJJ sus-mentionnée.
    Au regard de l’ensemble de ces éléments, Madame la ministre, Monsieur le secrétaire d’État, nos organisations espèrent que de nouvelles mesures, que ce soit sur un plan matériel ou juridique, pourront être rapidement prises pour garantir la protection des enfants et des adolescents durant cette crise sanitaire.
    Nous appelons également à en tirer d’ores et déjà des enseignements pour l’avenir, cette crise étant venue confirmer et mettre au jour, le délabrement général des services de prévention, de protection de l’enfance et de la protection judiciaire de la jeunesse sur lequel nous vous avions plusieurs fois alertés.
    Si les places en foyer n’étaient pas aussi difficiles à trouver et suffisamment diversifiées en temps normal, si les moyens humains, matériels et techniques de tous les acteurs étaient suffisants, peut-être aurions-nous pu éviter une telle imprévisibilité.
    Aussi, nous espérons que cela sera le chantier prioritaire de l’après-état d’urgence sanitaire, plutôt qu’une réforme non consensuelle du droit pénal des mineurs, notamment en redéployant les moyens substantiels actuellement dévolus aux lieux privatifs de liberté vers les services de prévention, de la protection de l’enfance, de la protection judiciaire de la jeunesse et les tribunaux pour enfants.
    En vous remerciant de l’attention portée à ce courrier, nous vous assurons, Madame la ministre, Monsieur le secrétaire d’État, de notre plus haute considération.
    Signataires : Avocats conseil d’entreprise (ACE), Barreau de Paris, Confédération générale du travail (CGT), Conférence des bâtonniers, Conseil national des barreaux (CNB), Convention nationale des associations de protection de l’Enfant (CNAPE), Fédération des conseils de parents d’élèves Paris (FCPE75), Fédération nationale des unions de jeunes avocats (FNUJA), Fédération SUD SANTE SOCIAUX, Fédération syndicale unitaire (FSU), Ligue des droits de l’homme (LDH), Observatoire international des prisons Section Française (OIP-SF), Syndicat des avocats de France (SAF), Syndicat de la magistrature (SM), Syndicat national de l’ensemble des personnels de l’administration pénitentiaire (SNEPAP-FSU), Syndicat national des personnels de l’éducation et du social – PJJ (SNPES-PJJ/FSU), Syndicat national unitaire des assistants sociaux de la fonction publique (SNUASFP-FSU), la FSU territoriale (SNUTER-FSU), Solidaires Justice, Union syndicale Solidaires.