Métiers
Le blues des profêssionnels
Selon une enquôte publiée ên mâi, les professionnels de la protection
de l'enfance se montrent pessimistes, tant sur les objectifs visés par
le secteur que sur l'avenir de la jeunesse. Un état d'esprit à l'image
des assises qui viennent de se dérouler à Nantes, bousculées par
la grosne de 2OO à 3OO salariés,
i 1'on en dour;rit encore! cette 11" édition
des -\ssises nationales de la protection de
1'eniance. 1'a crueilement rappelé : 1e désarroi
des professronnels est bel et bien une réalité. Et
1'événernent en a fait les frais dès l'ouverture. Non
contents d'avoir négocié une dizaine de mir.rutes
d'expression à la tribune, les syndicats, réunis
sous la bannière du Collectif de la protection de
l'enfance en Loire-Atlantique et rejoints par des
salariés du Maine-et-Loire, ont livré un bras de fer
avec les forces de l'ordre. Pendant deux heures,
tout accès à la Cité des congrès esr resré interdir,
pour les manifestants comme pour les congressistes.
Au cceur des revendications : 1e manque de
moyens, le délitement des conditions de trar-ail et
la logique des appels à projet qui concourt. selon
eux, à une " marchandisation , de la protection de
l'enfance. oNozzs sommes lom de lit notion de
"respect des besoins fondamentdux de I'enfant" ",
note le collectif, qui réclame norammenr 1a création
de places d'accueil et d'hébergemenr dans 1es
établissements. A f intérieur de 1a Cité des
congrès, les organisateurs bouillenr. Et les premières
plénières débutent en l'absence des participants
qui n'ont pu rejoindre les lieux avant 1e b1ocage.
Non sans amertume et avec une bonne heure
de retard. o Il y a hwit ans, les assises port,tieti sur
le désarroi des professionnels, alors qtt'ort ne nctus
disent pas qu'on n'a pas conscience de cette sc-tttffrance
r, lâche au micro Jean-Louis Sanchez,
directeur du Journal des acteurs sociaux tJ-\Sl et
dé1égué général de 1'Observatoire national de
l'action sociale (ODAS).
Le f,lues des professionnels ? Cette 11. édirion
oes assises s'en est fait 1'écho, en détaillant les résulrats
de 1'enquête nationale sur la protection de 1'enfance,
réahsée, pour l'occasion, par I'ODAS et le JAS. Près
de 63 % des professionnèls interrogés se disent
inquiets quant aux objectifs visés par la protection
de I'enfance. En 2017 , ils n'étaient que 41 7o à partager
ce sentiment. " Que s'est-il passé en une année
pour saper à ce point le moral des dcteurs de la protection
de I'enfance i », interroge Marie-Agnès Feret.
La chargée d'études à I'ODAS avance des hvporhèses
: ' En 2016, les débats parlementdires sur le
striet ont pu susciter de I'espoir ; la disparition,
l'.trtnée suiudnte, d'un ministère dédié à l'enfance,
ACTUALITES
la situation financière des départements et la délicate
prise en charge des mineurs non dccompdgnés expliquent
peut-étre ces rëponses pessimistes. "
La question des moyens, comme le dénoncent les
syndicats, n'y est pas étrangère, bien sûr. Dans son
râpport annuel, publié en mai, sur les dépenses des
départements en matière d'action sociale, I'ODAS
parle d'un o effritement inquiétant de leurs mdrges
de manreuure ". Les dépenses des départements augmentent
peu (1,4 7o sur I'aide sociale à l'enfance)
mais leurs responsabilités, notamment avec l'accueil
de jeunes migrants, ne cessent de croître. Faut-il en
faire une pierre d'achoppement ? n Partageons une
donnée : les ressources sont comptées. A partir de là,
construisons les cboses ", exhorte Didier Lesueuq le
directeur général de I'ODAS, qui évoque trois pistes
d'avenir : la nécessité de partager les observations,
de coopérer entre institutions sans se replier sur les
cæurs de métier de chacun et le fait de dégager des
innovations à partir des dynamiques collectives. Et
il en faudra des dynamiques collectives pour modifier
une autre tendance : f inquiétude des professionnels
quânt à I'avenir de la jeunesse en France. Selon l'enquête
de I'ODAS et du JAS, 68 o/o d'entre eux se
disent inquiets pour le futur de cette population.
.<C'est inquiétant de uoir que les professionnels
n'aient pas confiance dans la jeunesse, note Jean-
Louis Sanchez. Et c'est dommage que les pouuoirs
publics n'en prennent pas conscience. 1l faut réinuenter
la protection de l'enfance / »
I
6 JUTLLET 2018 - N" 3068 ACTUALITÉs soclALES HEBDot'4ADAIRES
dimanche 26 août 2018
AUTISME
llandÉo lance unê nouvelle certification
I s'agit de la première certification exigeanre en
matière d'autisme. Le 20 juin dernier, l'association
Handéo a lancé 1a certrfication Cap'Handéo
services et établissements autrsrre, qui permet aux
familles d'identifier les sen ices et établissements
médico-sociaux ayanr une expertise particulière
dans l'accompâgnement des personnes autistes.
Le référentiel de cerrification - disponibie sur le
site handeo.fr. - a été consrruir par un comité de
rédaction spécialen.ienr dédié qui comprenait les représentants
d'irssociations de personnes autistes et de
leur far.nille. les représentants de gestionnaires d'étabiissernents
sociaux et médico-sociaux, les représentants
de fédérations et d'organisations employeurs
du secteur et enfin les représentants des pouvoirs
publics et autorirés terriroriales, dont 1'agence régionale
de santé de Nouvelle-Aquitaine.
Les établissements et services candidats à la certification
s'enga gert, uia Ie rêférentiel, au renJorcement
de l'autodétermination des personnes autistes et de
Ieurs familles, leur inclusion dans la cité, la mise en
place d'interventions sur mesure en lien avec les différents
acteurs locaux du secteur, l'accompagnement
et le soutien des proches aidants et I'application des
recommandations de la Haute Autorité de santé.
Pour la présidente de l'associationAutisme France,
« la certification ua constituer une plws-ualue essentielle
» : o Elle sera la preuue que l'établissement ou
le seruice s'est lancé dans wne démarche d'amélioration
de la qualité rendue aux pelsonnes dutistes qui
y sont accueillies. ll deura, en effet, faire la prewue
que les professionnels se forment ou uont se former,
qu'il organise le suiui de ces formations pal le biak
d'une swperuision extérieure, qw'il ueille à recueillir
la satisfaction des wsagers pour en tirer des pistes
d'amélioration, en courant le risqwe, s'il est trop
irnparfait, que des usagers dlertent le certfficateur,
qu'il est attentif en permanence à la qwalité de uie
des personnes", indique Danièle Langloys.
Valable trois ans, la certification peut être obtenue
auprès d'Handéo après un processus d'audit,
qui comprend Ia réalisation d'un autodiagnostic,
la programmation et la réalisation de l'audit de
certification sur site par un auditeur habilité et
l'examen du rapport par le comité national de suivi
de certification. rü o. H.
Une réforme pour la fin de l,année
eftre fin à la complexité des aides sociales.
Quelques jours seulement après la sortie
remarquée du président de la République
dénonçant «un pognon de dingue,,le Premier
ministre a chargé la députée Christine Cloarec
(LREM, Ille-et-Vilaine) d'une mission remporaire
à ce sujet, dont elle devra rendre les conclusions
dès la 6n du mois d'août 2018. Lobjectif : une
mise en æuvre dans Ie cadre des projets de lois de
6nances et de ânancement de la sécurité sociale
pour 2019. Dans sa lettre de mission, Edouard
Philippe lui a précisément confié la mission
" t isattt à artalyser les déterminants des dysfonctiotrnerrtertts
de ncttre système, et sur la base de
cette attalt'se, de formuler des propositions pour
permettre à chaum de toucher la juste prestation,
celle à laquelle il d droit,. Cela concerne l'ensemble
des minima sociaux, la prime d'activité, les
allocations logement, les prestations familiales et
1'allocation de retour à l'emploi.
La première priorité du gouvernement est de
<<mieux lutter conTre le non-recours aux prestations
sociales , .D' ores et déj à, le président de la République
a émis l'idée d'un guichet unique pour toutes les prestations,
la recherche des bénéficiaires incombant aux
services de l'Etat. Dans la lettre de mission, le Premier
ministre insiste notamment sur la « complexité» qui
« rend notre système peu réactif et, en conséquence,
iniuste ».II pointe en particulier Ia méthode de calcul
de onombre de prestations» qui est basée sur des
<<reuenL6 trop anciens», mais aussi les dysfonctionnements
de gestion. La complexité a plusieurs conséquences,
selon Edouard Philippe : les prestations « ne
correspondent plus à la situation présente des intéressls
», la détection des fraudes est plus difficile et les
erreurs pénalisent les personnes affectées. rr o. H.
Irs II
t
t
29 JUrN 2018 - N. 3067 actuaLtrÉs socrALES HEBDoMADATRES
I s'agit de la première certification exigeanre en
matière d'autisme. Le 20 juin dernier, l'association
Handéo a lancé 1a certrfication Cap'Handéo
services et établissements autrsrre, qui permet aux
familles d'identifier les sen ices et établissements
médico-sociaux ayanr une expertise particulière
dans l'accompâgnement des personnes autistes.
Le référentiel de cerrification - disponibie sur le
site handeo.fr. - a été consrruir par un comité de
rédaction spécialen.ienr dédié qui comprenait les représentants
d'irssociations de personnes autistes et de
leur far.nille. les représentants de gestionnaires d'étabiissernents
sociaux et médico-sociaux, les représentants
de fédérations et d'organisations employeurs
du secteur et enfin les représentants des pouvoirs
publics et autorirés terriroriales, dont 1'agence régionale
de santé de Nouvelle-Aquitaine.
Les établissements et services candidats à la certification
s'enga gert, uia Ie rêférentiel, au renJorcement
de l'autodétermination des personnes autistes et de
Ieurs familles, leur inclusion dans la cité, la mise en
place d'interventions sur mesure en lien avec les différents
acteurs locaux du secteur, l'accompagnement
et le soutien des proches aidants et I'application des
recommandations de la Haute Autorité de santé.
Pour la présidente de l'associationAutisme France,
« la certification ua constituer une plws-ualue essentielle
» : o Elle sera la preuue que l'établissement ou
le seruice s'est lancé dans wne démarche d'amélioration
de la qualité rendue aux pelsonnes dutistes qui
y sont accueillies. ll deura, en effet, faire la prewue
que les professionnels se forment ou uont se former,
qu'il organise le suiui de ces formations pal le biak
d'une swperuision extérieure, qw'il ueille à recueillir
la satisfaction des wsagers pour en tirer des pistes
d'amélioration, en courant le risqwe, s'il est trop
irnparfait, que des usagers dlertent le certfficateur,
qu'il est attentif en permanence à la qwalité de uie
des personnes", indique Danièle Langloys.
Valable trois ans, la certification peut être obtenue
auprès d'Handéo après un processus d'audit,
qui comprend Ia réalisation d'un autodiagnostic,
la programmation et la réalisation de l'audit de
certification sur site par un auditeur habilité et
l'examen du rapport par le comité national de suivi
de certification. rü o. H.
Une réforme pour la fin de l,année
eftre fin à la complexité des aides sociales.
Quelques jours seulement après la sortie
remarquée du président de la République
dénonçant «un pognon de dingue,,le Premier
ministre a chargé la députée Christine Cloarec
(LREM, Ille-et-Vilaine) d'une mission remporaire
à ce sujet, dont elle devra rendre les conclusions
dès la 6n du mois d'août 2018. Lobjectif : une
mise en æuvre dans Ie cadre des projets de lois de
6nances et de ânancement de la sécurité sociale
pour 2019. Dans sa lettre de mission, Edouard
Philippe lui a précisément confié la mission
" t isattt à artalyser les déterminants des dysfonctiotrnerrtertts
de ncttre système, et sur la base de
cette attalt'se, de formuler des propositions pour
permettre à chaum de toucher la juste prestation,
celle à laquelle il d droit,. Cela concerne l'ensemble
des minima sociaux, la prime d'activité, les
allocations logement, les prestations familiales et
1'allocation de retour à l'emploi.
La première priorité du gouvernement est de
<<mieux lutter conTre le non-recours aux prestations
sociales , .D' ores et déj à, le président de la République
a émis l'idée d'un guichet unique pour toutes les prestations,
la recherche des bénéficiaires incombant aux
services de l'Etat. Dans la lettre de mission, le Premier
ministre insiste notamment sur la « complexité» qui
« rend notre système peu réactif et, en conséquence,
iniuste ».II pointe en particulier Ia méthode de calcul
de onombre de prestations» qui est basée sur des
<<reuenL6 trop anciens», mais aussi les dysfonctionnements
de gestion. La complexité a plusieurs conséquences,
selon Edouard Philippe : les prestations « ne
correspondent plus à la situation présente des intéressls
», la détection des fraudes est plus difficile et les
erreurs pénalisent les personnes affectées. rr o. H.
Irs II
t
t
29 JUrN 2018 - N. 3067 actuaLtrÉs socrALES HEBDoMADATRES
mercredi 11 juillet 2018
Troubles du comportement
doc divers
P.Defradat
01/2011
* Résumé : Compte-rendu d'une intervention du Dr P.Defradat, psychiatre,auprès des AVS de Savoie
* Ce document est également indexé dans le(s) thème(s) suivant(s) :
Définitions
On
peut définir le comportement comme étant la manière
d'agir, la façon de se conduire dans la vie. Ce terme ne
concerne pas que l'espèce humaine; on peut aussi l'appliquer
aux animaux, et même aux objets physiques. C'est donc un terme
très général. Ce comportement peut donc être
troublé. Ce trouble peut être d'ordre quantitatif ou qualitatif.
Du
côté quantitatif,
le comportement peut être en excès ou en défaut.
Un comportement en excès va créer de l'agitation, de
l'instabilité, de l'agressivité, du bruit, de
l'hyperactivité; c'est souvent actuellement dans ce sens
restreint que l'on utilise ce terme de trouble du comportement ;
quelqu'un qui est agité va déranger: il va falloir le
calmer.
On
oublie trop souvent qu'un comportement par défaut est tout aussi problématique. Quelqu'un qui ne parle pas, qui
ne bouge pas, qui se fait oublier, qui est inhibé est tout
autant en souffrance que l'agité mais il ne dérange
pas. On va donc avoir tendance à sous-estimer l'importance de
son problème.
Le
trouble du comportement peut être qualitatif : Il s'agit alors d'une déviation, d'une inadaptation, d'une
inadéquation à la réalité, d'une
bizarrerie.
Les
perversions, le délire, la fabulation, les troubles
obsessionnels compulsifs, introduisent des comportements inadaptés,
inappropriés.
Le
trouble du comportement est un symptôme
En médecine, un symptôme
est un signe. Pris isolement, ce signe n'a aucune signification;
c'est seulement en l'associant à d'autres signes que l'on va
pouvoir diagnostiquer une maladie. Ainsi, un trouble du comportement
va pouvoir être le signe d'une maladie physique, organique,
cérébrale: Une tumeur du cerveau ou une maladie
d'Alzheimer vont donner des troubles du comportement. Mais il serait
excessif et faux de réduire tout trouble du comportement à
une maladie cérébrale ou neurologique. Les facteurs
psychologiques, affectifs, émotionnels, jouent un rôle
considérable dans le déclenchement des troubles du
comportement.
Il
y a une conséquence essentielle à cela : Face à
un trouble du comportement, on ne peut pas répondre de façon
univoque, automatique; il n'y a pas de recette, chaque cas est
différent. Il faut comprendre
– Que signifie ce symptôme ?
- De quoi cet enfant souffre t' il en
fait ?
- Qu'y a t' il au delà de son
symptôme ?
- De l'angoisse ? De la
dépression ? Du délire ?
Selon la nature de la souffrance
sous-jacente, la réponse n'est pas la même :
Un psychotique qui délire relève d'un traitement médicamenteux,
d'une protection, d'un apaisement, il est inutile de vouloir le
raisonner, puisque justement son raisonnement logique fait défaut.
Un enfant dépressif par contre sera sensible aux encouragements, au soutien affectif, à
l'attention qu'on lui porte. Un enfant caractériel sera
accessible à la sanction, à condition que cette
sanction soit une façon de l'introduire à la loi.
Les
troubles du comportement sont des pathologies de l'acte
L'action
vient prendre la place d'une pensée ou d'une parole;
ou plutôt c'est parce que la pensée et la parole ne sont
pas suffisamment développées que le moyen d'expression
favori est l'acte. L'acte a volontiers un caractère immédiat,
automatique, pulsionnel, non élaboré. Il faut bien
différencier l'action,
qui est le résultat d'une réflexion, d'une élaboration,
et le
passage à l'acte qui vient court-circuiter la pensée et la parole : Le passage
à l'acte ça peut être une fugue, une agression,
une tentative de suicide, une crise d'agitation.
On distingue habituellement 2 types
de passages à l'acte:
-
Le passage à l'acte proprement dit, qui est une sorte de décharge pulsionnelle dans laquelle le sujet est absent, et qui n'a aucun sens particulier.
-
L'acting out qui est une action impulsive qui vient prendre la place d'une parole, le sujet ayant été incapable de formuler verbalement son problème. On voit que le passage à l'acte est plus grave puisqu'il est totalement irraisonné, et de ce fait, il peut conduire à des actes mettant la vie en danger. L'acting out est plus limité, plus contenu, il peut être reprit dans l'après coup, pour en faire émerger le sens, pour dévoiler la parole qui a manqué à ce moment là.
On voit donc très clairement
l'articulation entre parole, pensée et acte. Toute pathologie
de l'acte va donc résulter d'un désordre entre ces 3
composants.
Que
faire face aux pathologies de l'acte?
Prenons
l'exemple de l'hyperactivité,
qui est un symptôme de plus en plus fréquent chez
l'enfant. Et d'abord tentons de comprendre. Certains en font un
trouble purement neurologique, cérébral: c'est
certainement abusif, même si un mauvais fonctionnement de la
chimie du cerveau peut s'observer dans ces cas là. Au-delà
du cerveau, il y a des émotions, la mémoire,
l'inconscient et pourquoi pas ce qu'on appelait auparavant l'âme.
Les enfants hyperactifs ont besoin de bouger sans arrêt, ne
peuvent pas se poser, s'arrêter. Pourquoi? C'est souvent une
manière de s'empêcher de penser, de réfléchir,
de ressentir. L'action permanente est une défense pour ne pas
prendre conscience. Conscience de quoi? Conscience de tout ce qui
dérange: Les problèmes, les souffrances, les
frustrations, la nécessité de grandir. C'est pourquoi
on dit souvent que l'hyperactivité est une défense contre la dépression.
Grandir c'est faire des deuils. Il semble que cette nécessité
soit de plus en plus mal supportée par les enfants comme par
les adultes.
Mais alors que faire concrètement,
comme on nous le demande souvent?
D'abord,
dans les cas les plus graves, il y a les médicaments,
qui permettent de contenir, d'apaiser, de poser, si possible sans
assommer. Mais ce n'est pas la panacée. Ce n'est qu'un
pis-aller. Et surtout, ça doit être utilisé dans
le sens de permettre l'accès à une réflexion, à
la parole, et non pas comme une chape de plomb venant anéantir
tout désir.
Ensuite,
il y a l'écoute, le regard, entendre ce qui se dit et parfois ce qui ne se dit pas, comprendre l'autre et le lui manifester. Être réellement compris,
ce n'est plus être seul, et c'est déjà être
à moitié guéri.
Enfin
il y a la parole,
mais aussi le
silence.
Savoir parler à bon escient, ni trop tôt ni trop tard.
Savoir se taire parfois. Ne pas vouloir à tout prix faire
parler. Respecter le silence de l'autre, respecter ses défenses.
Il parlera quand il le pourra.
Tout
ceci peut conduire à diminuer les actes, à ne plus être
dans des comportements,
mais simplement dans la vie. Ça demande du temps, de la
patience, de la persévérance. Il n'y a pas de méthode
rapide. Il faut du temps pour changer. Il faut pouvoir supporter les troubles parce qu'ils ne
vont pas s'arrêter du jour au lendemain. Notre expérience
en institution nous montre qu'au fil des années, notre
investissement auprès des enfants et des jeunes dont nous
avons la charge est payant. Imperceptiblement, un mieux-être se
fait jour, ils se réveillent, ils émergent. C'est
presque toujours une surprise. C'est ce qui nous permet de tenir.
info
Les premiers enfants arrivent au village SOS de Beauvais-sur-Matha
Le 14ème village d’enfants SOS en France ouvre ses portes à Beauvais-sur-Matha (Charente-Maritime) et accueille les premiers enfants lundi 9 juillet 2018.
Le village SOS ouvre ses portes
Après 9 mois de travaux, le village d’enfants SOS de Beauvais-sur-Matha ouvre officiellement ses portes. Lundi 9 juillet, les quatre premiers enfants arriveront dans leur nouvelle maison. Ils seront accueillis par leur mère SOS et aide familiale et par toute l’équipe éducative.
Tout a été prévu pour favoriser un accueil serein. Le premier contact avait eu lieu début juillet sur le lieu de vie actuel des enfants. Anne, la mère SOS, avait préparé pour chacun un petit album d’accueil, avec des photos de la maison, de leur chambre, de leur future école…
Tout a été prévu pour favoriser un accueil serein. Le premier contact avait eu lieu début juillet sur le lieu de vie actuel des enfants. Anne, la mère SOS, avait préparé pour chacun un petit album d’accueil, avec des photos de la maison, de leur chambre, de leur future école…
Les enfants découvrent leur nouvelle maison
Mercredi 4 juillet, les enfants ont découvert pour la première fois le village SOS quand ils sont venus déjeuner dans leur maison familiale avec Anne et Mintou, leur aide familiale.
Après le déjeuner, tous ont fait une promenade dans le village de Beauvais-sur-Matha afin que les enfants se familiarisent avec leur nouvel environnement. Il y avait beaucoup de joie et d’excitation au cours de cette nouvelle visite.
Avant de partir, chaque enfant a pris ses marques en laissant un doudou sur son lit.
Les enfants étaient ravis de cette journée et ont témoigné de leur impatience à venir s’installer. Impatience partagée avec toute l’équipe éducative. C’est aujourd’hui chose faîtes. A partir de maintenant, Anne et Mintou seront à leur entière écoute et resteront à leur côté.
Nous souhaitons la bienvenue aux enfants dans leur nouvelle maison !
Histoire de
ruptures ou de négligence sévère
- déplacements multiples
- négligence ou abus sévères à long terme
dulte
- centration sur son propre plaisir
- ne compte que sur lui-même
- ne recherche pas le réconfort lorsqu’anxieux
Absence de réactions manifestes à la séparation
- ne réagit plus aux changements de milieux de vie: pas de réaction apparente
Sociabilité sans discernement
- trop familier avec les étrangers
- aucun adulte ne semble plus significatif qu’un autre
- recherche excessive d’attention
- incapable de changer de comportement pour protéger la relation à l’adulte
Relation superficielle à l’autre
- sourire artificiel et absence d’émotions véritables
- se relie de façon mécanique
- fait et dit ce que les autres attendent de lui
- manipulateur et centré sur ses intérêts
Incapacité de conserver les bons moments sans les détruire par la suite
- réagit mal aux compliments, aux récompenses
- détruit activement le lien avec l’adulte après un bon moment passé avec lui
- intolérant à toute attente de l’adulte à son égard
Réaction à toute limite ou exigence comme à une attaque ou à une critique
- difficulté à admettre ses torts même pris sur le fait
- se montre inatteignable même lorsque puni
Apprentissages difficiles
- besoin de la proximité de l’adulte pour fonctionner
Relations conflictuelles avec les pairs
- contrôle excessif
- manque d’empathie et de chaleur
- manipulation et hostilité lorsqu’il n’a pas ce qu’il veut
- partage difficilement l’attention de l’adulte
- déplacements multiples
- négligence ou abus sévères à long terme
Home Témoignages Les troubles de l’attachement : « enfant velcro », « enfant sumo », « enfant solo » : quel devenir à l’âge adulte ?
Les troubles de l’attachement : « enfant velcro », « enfant sumo », « enfant solo » : quel devenir à l’âge adulte ?
Les troubles de l’attachement surviennent chez un enfant ayant connu une rupture de lien avec sa mère et/ou toute personne d’attachement sécurisant au cours des premières années de sa vie. Il peut s’agir d’une rupture provisoire (par exemple en cas d’hospitalisation avec séparation entre la mère et l’enfant) ou d’une rupture définitive (abandon, décès). Cette rupture de lien, cette « blessure primitive », perturbe la construction de l’attachement chez l’enfant et donc ne lui permet pas d’accéder à la sécurité de base indispensable à l’élaboration d’une personnalité adulte. Différents cas de figure peuvent se présenter :
- L’enfant rejette sa mère (biologique, d’accueil ou d’adoption), car il est bien décidé à ne plus accorder sa confiance à cet « abandonneuse potentielle ». C’est un enfant rejetant, un « enfant sumo »
- L’enfant, submergé par la terreur d’un nouvel abandon, est fusionnel et très angoissé : c’est un « enfant velcro »
- L’enfant se replie sur lui-même, « tout semble aller très bien », jusqu’au jour où le volcan explose… C’est un « enfant solo »
Dans tous les cas, ces enfants ont un besoin phénoménal de sécurité, et l’image qu’ils ont d’eux-mêmes est très négative. Ils sont également prisonniers d’un processus psychique qui leur interdit de s’attacher puisque, pour eux, un nouvel abandon risquerait de se produire et relancerait la grande souffrance qu’ils connaissent déjà. Un enfant porteur d’un trouble de l’attachement refuse les règles et les limites, celles de la famille et de la société dans son ensemble. Il est le seul maître à bord et le prouve par des comportements extrêmement pénibles, plongeant ainsi dans le chaos ses parents et la fratrie. Une caractéristique fondamentale et commune à tous ces enfants en souffrance est une dysharmonie dans diverses fonctions de leur développement. Leurs compétences peuvent aller de la sur douance à la presque inexistence, l’explication étant que tout un pan de base de leur développement psychoaffectif ne s’est pas ou peu développé. Dans certaines situations, pour avoir une idée de l’âge affectif d’un tel enfant, il faut diviser, dit-on, son âge réel par trois ou quatre. C’est ce qui rend la tâche difficile pour un parent, un ami, un professeur ou tout autre intervenant : parfois il s’adresse à une personne âgée effectivement de quinze ou vingt ans, mais parfois c’est un enfant de cinq ans qui se trouve face à lui dans la toute-puissance et l’utilisation de l’autre en exécutant pur et simple de la satisfaction de son besoin.
Je désire apporter mon témoignage en tant que maman de deux enfants adoptés, officiellement adultes depuis quelques années, et souffrant de ces troubles de l’attachement. Très longtemps, je me suis trouvée au milieu d’un océan de colère : oui, j’étais en colère contre tout ce qui arrivait et je me posais des tas de questions : pourquoi mes enfants ont-ils connu toutes ces difficultés d’apprentissage sur le plan scolaire et social en général ? Pourquoi n’avons-nous pas été mieux entendus et mieux aidés par les professionnels de la santé et surtout par notre propre famille ? Pourquoi ai-je un enfant reconnu à présent handicapé et un autre en passe de le devenir ? Pourquoi mon plus jeune enfant a-t-il été agressé sexuellement ? Pourquoi mon aîné a-t-il fait de la prison ? Pourquoi mes enfants sont-ils violents envers moi au point de mettre ma vie en danger à de très nombreuses reprises ?
Mais j’ai progressivement compris que cette colère, derrière laquelle se trouve un gigantesque chagrin, ne m’amènerait pas les solutions. Or, c’est bien de cela qu’il s’agit pour tous les parents : trouver des solutions pour apaiser la souffrance de nos enfants, et rendre un maximum de qualité à la relation. Des progrès se font lentement jour dans la société : cellule familiale et famille élargie, voisinage et relations amicales, institutions telles que écoles, hôpitaux généraux et psychiatriques, justice, instituts médico-pédagogiques,… Les parents sont progressivement mieux entendus. Mais trop souvent encore, les dires des parents face à ceux de leurs enfants sont mis en doute. Parce que ces jeunes ont souvent une attitude manipulatrice (la manipulation est au départ pour le bébé le moyen de satisfaction de ses besoins, la maman étant son continuum : il est en fusion avec son environnement y compris sa mère. Ce n’est que progressivement que les processus d’adaptation nécessaires se mettront en place pour faire réaliser à l’enfant que sa mère et tout ce qui l’entoure sont distincts de lui).
Des mesures préventives ont été mises sur pied en ce qui concerne les enfants adoptés, et c’est très bien aussi : dépister les troubles de l’attachement au début de la vie multiplie évidemment les chances de guérison. Chose heureuse également : les thérapeutes s’intéressant aux troubles de l’attachement se font plus nombreux.
Mais je suis triste… Tout cela est fort bien, mais… Que fait-on des adultes de vingt ou trente ans qui, dans la grande majorité des cas, glissent vers la désadaptation psychologique ou sociale grave, faute d’avoir été pris en charge quand il en aurait été encore temps ? Depuis sept ans, je prends quotidiennement des notes sur le parcours abominablement difficile, injuste et douloureux que nous vivons chez nous : le deuil d’enfants « classiques », l’énergie investie pour nous faire entendre auprès des intervenants (enseignement, hôpitaux, famille…), le caractère récurrent des situations critiques et d’urgence, les violences physiques, etc… Aujourd’hui, je suis toujours dans un chagrin et dans un désespoir immenses, mais je suis également dans la peur et dans l’incertitude.
Mon plus jeune fils est un « enfant velcro ». Je crois que c’est vers l’âge de quatre ans qu’il a commencé à réaliser l’abandon de sa mère biologique. A partir de ce moment, il ne m’a plus quittée. Toujours en recherche de proximité (famille, voisins, amis), il a été victime à l’âge de 16 ans d’un attentat à la pudeur qui a nécessité une hospitalisation. Au cours de cette dernière s’est produit un viol. A partir de ce moment, la situation n’a plus été ni psychologiquement ni socialement gérable. Car depuis ces faits, mon fils ne sait plus contrôler les conséquences de son insécurité de base. Exemple : ses comportements agressifs faute de pouvoir gérer l’angoisse ou la tristesse. Il ne s’agit pas ici de juger ces enfants mais de remettre de telles attitudes dans le contexte des différents arrêts de développement affectifs qui les caractérisent. De plus, ceux chez qui le niveau intellectuel est bon donnent mieux le change de l’adaptation…
La vie sociale de mon enfant s’est arrêtée à cette époque, et j’ai bien envie de dire que la vie tout court s’est figée pour chacun de nous, à la maison. Sa désadaptation s’est aggravée au point de le mener carrément à la psychose. Nous nous sommes vus contraints, mon mari et moi-même, de le faire hospitaliser en institution psychiatrique fermée, aucune autre solution n’existant. Depuis, nous vivons une situation très pénible, notre fils ne supportant pas cette kyrielle d’attachements-détachements (retours à la maison pour une demi-journée ou un w-e). Toutes ces années se sont passées sur le même topo : violences, interventions de la police, de médecins et d’ambulances, passages aux urgences,… Dans les hôpitaux psychiatriques, cela ne se passe pas bien : les intervenants ont des limites, et après tout c’est humain. Mon fils est « pompant », toujours accroché à leurs basques pour poser les mêmes questions et obtenir à tout prix la réponse qu’il souhaite entendre. Pour ce personnel soumis à rude épreuve, il n’y a parfois guère d’autres solutions que de mettre mon fils en isolement – seule façon de lui mettre des limites. Se retrouver rigoureusement seul parfois plusieurs jours dans une pièce ne comportant qu’un lit, sans même une revue dans les mains, ne soigne évidemment pas sa maladie. Mais c’est « la moins mauvaise des solutions »…
Mon fils épuise les équipes l’une après l’autre, de la même manière qu’il le fait avec nous : il nous « vampirise », comme l’a si bien dit un psychiatre. Où est la solution ? Ce jeune n’est pas à sa place dans un hôpital psychiatrique, d’autant plus qu’il ne côtoie que des handicapés mentaux relativement plus sévères alors que lui jouit d’une intelligence beaucoup plus développée. Le service fermé reste obligatoire car depuis sept ans il fugue dès que c’est possible dans le but de retrouver « sa maison ». Mon cœur se serre à chaque visite, lorsque je vois mon enfant derrière un grillage de trois ou quatre mètres de haut, comme un malfaiteur dans une cour de prison. Il ne comprend pas ce qu’il fait là. Il dit qu’il a été violé et que c’est lui qui est puni. Il a sans doute raison mais dans aucune institution une prise en charge psychologique et non psychiatrique n’a été faite jusqu’aujourd’hui faute de moyens. Pour enfoncer une porte ouverte, répétons qu’il y a trop peu de personnel spécialisé dans les institutions. Notre fils pense que nous, ses parents, l’abandonnons en refusant de le reprendre à la maison. Mais c’est impossible, vu sa violence. Il s’empare de couteaux de cuisine, jette le téléviseur au sol, s’en prend physiquement à nous aussi. Et puis il regrette aussitôt ce qu’il a fait et nous dit : « J’ai peur que vous ne m’abandonniez ». Comme toute personne dont la souffrance augmente, il régresse. Un autre sujet de tristesse est la médication accompagnant forcément l’hospitalisation : antidépresseurs, anxiolytiques, neuroleptiques et hypnotiques en nombre de plus en plus important. Toute une armada qui n’enlève rien, absolument rien, à l’angoisse d’abandon de mon fils et à la persévération dans ses questionnements. Leur seule raison d’être est de tenter d’abrutir notre fils pour le rendre vivable : « Je ne soigne pas un patient, mais tout un service » nous a expliqué le médecin.
Alors, aujourd’hui, je suis une maman particulièrement inquiète pour l’avenir de mon fils. Les institutions manquent, de celles qui pourraient offrir un cadre adapté à ses difficultés. Quand mon mari se renseigne auprès de l’une d’elles, la première question qui est souvent posée est celle-ci : « Vous êtes Français ? » Dans notre pays, certaines structures d’accueil n’ouvrent d’ailleurs leurs portes qu’à des Français. (la sécurité sociale française paie beaucoup plus…). De toute façon, la liste d’attente est partout anormalement longue. Le Village Reine Fabiola, lorsque nous leur avions posé la question en 2002, nous avait fait cette réponse : « Il y a une liste d’attente de quinze ans ». Nos dirigeants sont-ils au courant de cela ? Faudra-t-il attendre que l’un d’entre eux se trouve personnellement dans une telle situation d’urgence pour prendre le problème au sérieux ?
Quant à mon fils aîné, un an plus âgé (25 ans), c’est un « enfant sumo ». Il a présenté des troubles cognitifs et donc des difficultés dans tous les apprentissages, et ce depuis le plus jeune âge. Il n’a aujourd’hui en poche que son certificat d’école primaire et une formation de technicien de surface réussie dernièrement à l’arraché. Ses comportements difficiles, inacceptables dans le domaine de la violence – physique principalement – nous ont amenés à le mettre en autonomie précoce vers l’âge de vingt ans. Lorsque nous cherchions de l’aide (famille, amis, enseignants, PMS, médecins généralistes, pédiatres, neuropsychiatres, police, centres de santé mentale et de guidance,…), nous n’en trouvions pas. Nous sortions généralement d’un entretien avec l’impression d’être responsable de l’état de notre enfant. Bonjour, la culpabilité ! Ses troubles n’ont donc jamais été pris au sérieux. Si bien que cette autonomie, qu’il réclamait à corps et à cris, a tourné à la catastrophe : hors de toute limite, de tout contrôle, notre fils a échoué en prison. Et là, le psychiatre qui a réalisé l’expertise l’a reconnu (in fine !) irresponsable de ses actes. C’est grâce à l’intervention d’une psychologue connaissant très bien les troubles de l’attachement que notre fils a pu éviter un séjour à Paifve (défense sociale) en étant plutôt orienté vers un hôpital psychiatrique. Aujourd’hui, il vient d’obtenir l’autorisation de s’installer dans un studio, tout en restant sous surveillance judiciaire. Je reste cependant dans l’insécurité car, à l’instar des enfants dysharmoniques parce que touchés par des difficultés d’attachement, mon fils profite difficilement de ses expériences antérieures. Tous les parents d’enfants présentant un trouble de l’attachement sont continuellement confrontés à leur imprévisibilité comportementale.
Cette double période d’enfermement a été très dure pour nous : mon fils, avec sa dysharmonie d’évolution affective – puisqu’il peut tenir le raisonnement d’un enfant de cinq ans – se trouvait dans une cellule toute proche de celle du violeur de son frère; puis, à l’annexe psychiatrique de la prison, il a également partagé pendant des mois la cellule de l’assassin de trois personnes. Dernièrement, mon fils a été sujet à de fortes angoisses et à des hallucinations très pénibles : des personnages présents sur des photos au mur prenaient tout à coup vie et voulaient le tuer…Exactement comme un petit enfant qui ne peut s’endormir dans le noir et dans la solitude de sa chambre.
Voilà pourquoi je crains l’avenir : j’ai bien peur que pour mes enfants, il soit déjà trop tard. Arriveront-ils à être plus harmonieux, plus nuancés dans leur adaptation à la réalité ? A ne pas se mettre en danger ni mettre les autres en danger ? Il faut, en effet, craindre pour tous ces enfants « déséquilibrés » une évolution gravissime vers un trouble psychotique.
Alors, je veux dire ceci aux parents : mettez votre narcissisme de côté, soyez vigilants, prenez des mesures préventives, consultez dès le moindre symptôme, battez-vous auprès de professionnels qui voudraient vous rassurer en affirmant que votre enfant est dans une crise passagère. N’oubliez jamais que c’est vous qui connaissez le mieux votre enfant et qu’après tout vous êtes les intervenants de première ligne.
Aux professionnels, de la Santé et de la Justice principalement, je demande de tout mettre en œuvre pour reconnaître dans un premier temps l’état d’urgence dans lequel se trouve une famille en appel d’aide, et de donner tout son sens à la parole des parents. Parents dérangeants parfois, tant leur volonté et leur énergie sont omniprésentes et ce, quoiqu’il arrive. Il ne faudrait plus que les thérapeutes confondent « ingérence » et « collaboration ». Qu’ils se méfient enfin de la toute-puissance de ces enfants et de leur capacité à manipuler. Répétons, car ceci est très important, qu’il ne s’agit pas de juger ces enfants mais de remettre de telles attitudes dans le contexte des différents arrêts de développement affectifs qui les caractérisent.
Je m’adresse également aux responsables politiques : intéressez-vous davantage à cette maladie. Oui, les troubles de l’attachement sont bien un dysfonctionnement grave si l’on se réfère à la définition de la santé donnée par l’OMS : « Etat de bien-être physique, psychique et social ». Car il est bien là, le nœud du problème : le jour où nos enfants devenus adultes seront reconnus comme étant principalement des « handicapés psycho-sociaux », un premier pas sera fait dans la recherche de structures et d’accompagnements mieux adaptés et plus nombreux qu’ils ne le sont aujourd’hui.
Françoise M-D., maman, en compagnie de Marie-Louise B., psychologue ULg
Addendum
Quatre jours plus tôt (6 mars), alors que j’étais sur le point de poster ce témoignage, le psychiatre de mon plus jeune fils m’a téléphoné et m’a assénée de mauvaises nouvelles : mon fils a poussé un patient dans une vitre – et ce patient va porter plainte -, l’équipe ne veut plus travailler avec lui et une demande de placement en défense sociale a été demandée. La conversation n’a duré que deux minutes et ce psychiatre ne s’est nullement inquiété de l’impact que pouvait avoir sur moi l’annonce de cette catastrophe. Or, il me sait fragilisée. Il aurait pu ajouter ; « Ceci ne doit pas être facile à entendre », ou « Je n’ai pas le temps de vous parler plus longtemps maintenant, tâchons de nous rencontrer dès que possible ». Rien.
Imaginer mon enfant, stoppé dans son développement affectif à l’âge de cinq ou six ans, en prison psychiatrique est inhumain. Comment accepter qu’il puisse côtoyer sans en garder des séquelles supplémentaires des assassins, des violeurs et autres auteurs d’actes abominables, en sachant que lui-même a été violé et que s’il est facile d’entrer dans une telle structure, il est beaucoup plus difficile d’en sortir? Ce qu’a fait ce jeune mérite-t-il la prison? La seule « faute » qu’il ait commise, c’est de naître au mauvais endroit…
A ce médecin, qui dernièrement m’a dit « Vous savez, pour être psychiatre il faut avoir trouvé un sens à sa vie », je réponds que cette belle philosophie devrait en toute logique se prolonger par un « Il faut aussi trouver un sens à la souffrance et à la déchéance des patients ». C’est vrai que depuis de longs mois la situation se dégrade et que l’équipe soignante est au bout de ses limites. Cette plainte d’un patient est du pain béni pour tous ces soignants: c’est l’occasion de se libérer de notre fils sans remords et sans se poser trop de questions. C’est cet autre patient, par l’intermédiaire de sa plainte, qui va faire la besogne à leur place.
Il faut bien admettre que dans la plupart de nos pays occidentaux la psychiatrie est le parent pauvre de la médecine. Alors que dans les autres spécialisations les progrès sont fulgurants et que les moyens financiers sont plus conséquents, nous en sommes toujours au 18ème siècle en ce qui concerne les patients « psys » difficiles: enfermement et camisole de force. La seule différence concerne cette dernière: les sangles, si elles sont encore utilisées parfois, ont été remplacées par une camisole chimique (abus de médicaments et d’électrochocs).
Dans un hôpital, et à plus forte raison, dans un hôpital psychiatrique, le calme et donc le confort de tous – patients et soignants – , est à assurer à n’importe quel prix…
- centration sur son propre plaisir
- ne compte que sur lui-même
- ne recherche pas le réconfort lorsqu’anxieux
Absence de réactions manifestes à la séparation
- ne réagit plus aux changements de milieux de vie: pas de réaction apparente
Sociabilité sans discernement
- trop familier avec les étrangers
- aucun adulte ne semble plus significatif qu’un autre
- recherche excessive d’attention
- incapable de changer de comportement pour protéger la relation à l’adulte
Relation superficielle à l’autre
- sourire artificiel et absence d’émotions véritables
- se relie de façon mécanique
- fait et dit ce que les autres attendent de lui
- manipulateur et centré sur ses intérêts
Incapacité de conserver les bons moments sans les détruire par la suite
- réagit mal aux compliments, aux récompenses
- détruit activement le lien avec l’adulte après un bon moment passé avec lui
- intolérant à toute attente de l’adulte à son égard
Réaction à toute limite ou exigence comme à une attaque ou à une critique
- difficulté à admettre ses torts même pris sur le fait
- se montre inatteignable même lorsque puni
Apprentissages difficiles
- besoin de la proximité de l’adulte pour fonctionner
Relations conflictuelles avec les pairs
- contrôle excessif
- manque d’empathie et de chaleur
- manipulation et hostilité lorsqu’il n’a pas ce qu’il veut
- partage difficilement l’attention de l’adulte
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